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Cappuccino

Cappuccino # 29 novembre 2015

Portrait de Tito Schipa // par l’Opéra Club Paris Mario Lanza
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Michel Goti, présentateur de l’émission Cappuccino, et ses invités, la soprano Floria Rosimiro, Marcel Azencot et Alain Fauquier, de l’Opéra Club Mario Lanza, rendent hommage au ténor Tito Schipa, qui fut l’un des chanteurs les plus talentueux de son temps.

Tito Schipa, né à Lecce le 27 décembre 1888 et décédé à New York le 16 décembre 1965, a réellement une place à part dans le Panthéon des très grands ténors : moyens vocaux non exceptionnels – il n’avait pas le do aigu, sa voix n’était pas puissante, elle n’était pas claire ni claironnante, mais comme fumée (sfumata) comme issue d’une sorte de brouillard. Et pourtant, il était le Prince des chanteurs, et le grand Beniamino Gigli, autre héros de l’Italie et son rival et contemporain, allait dire de lui la fameuse phrase : « Nous devons tous nous incliner devant sa grandeur ». Nous avons même reçu un mail du ténor canadien de réputation mondiale, Manrico Tedeschi, qui a vu notre annonce sur le site Opera Club Mario Lanza. Manrico Tedeschi nous dit : « Tito Schipa était un grand chanteur. Je lui rendrai hommage le 19 février 2016 avec un concert à Montréal » : hommage des plus jeunes à un illustre ancien ! Après avoir été remarqué dans la chorale où il chantait, Tito Schipa étudiera avec de grands professeurs de l’époque, et d’abord à Lecce, où il est né, dans les Pouilles, le talon de la botte italienne, pratiquement au confluent de la mer Adriatique et de la mer Ionienne, ville qu’on appelle la Florence du Sud, avec des monuments baroques, un Duomo, etc Puis il étudiera à Milan, grâce à l’aide de l’archevêque de sa ville et ses études porteront non seulement sur le chant mais aussi sur sur le piano, et la composition. Il deviendra un musicien accompli et sera aussi compositeur. Il fait ses débuts en 1909-1910, dans le rôle d‘Alfredo, de la Traviata, à Vercelli, puis dans toute l’Italie et en Argentine, où il ira souvent notamment au fameux Téatro Colon, un des plus grands opéras du monde. Au cœur du répertoire de Schipa, des œuvres telles que le Barbier de Séville (Il Barbiere Di Siviglia), de Rossini… Même si sa voix avait des couleurs « amiables « et douces, et n’avait pas la puissance dramatique des Caruso, Gigli et Martinelli, Schipa arrivait, par sa technique à projeter le son sans effort apparent, et était entendu des derniers balcons des grandes scènes d’opéra (comme le Teatro Colon, notamment). A propos de son type de voix, on transmet l’anecdote selon laquelle Caruso était allé l’entendre pour la première fois, lorsque Schipa a commencé à se produire en Amérique. Discrètement installé en fond de salle, Caruso écoute ce jeune puis s’en va sans attendre la fin de la représentation. Sa femme lui demande : « Tu n’as pas aimé ? » Il répond : « Si, si c’est très beau, mais ce n’est pas ce type de voix qui va me menacer » (c’est à dire dans son répertoire et son style). Et c’est vrai qu’il faut de la délicatesse… A noter que nous avons écouté ici la version française, la plus justement connue, mais que Tito Schipa avait enregistré une version italienne (Ah Non Mi Ridestar …) Le répertoire de Tito Schipa nous parait curieusement assez large, car certes il favorise des œuvres qui conviennent à sa voix de ténor de grâce, mais il chante aussi, suivant son propre style, des rôles « braves », vocalement plus vaillants » : c’est ainsi qu’on trouvera Le Barbier de Séville, de Rossini, l’Elixir d’Amour, de Donizzetti, Mignon, d’Ambroise Thomas, Faust, Werther, de Massenet, (une ses grandes signatures), puis Rigoletto, La Bohème, Tosca, Don Pasquale, La Somnambule, Lucia Di Lammermoor, Cavalleria Rusticana, de Mascagni, L’Arlésiana, etc.

Tout ceci donnait à son chant, à une époque de « machos » du chant (des voix hardies et vaillantes), une impression de délicatesse un peu hors de la mode, surtout dans les rôles qui exigeaient plus de force : son interprétation était en douceur et en subtilité (après tout, Cavaradossi, le peintre héros de Tosca n’a pas besoin de hurler qu’il est amoureux, dans Recondita Armonia, ni au moment de mourir, de crier qu’il n’a « jamais autant aimé la vie ») Toujours concernant sa carrière, Tito Schipa est remarqué par l’illustre chef d’orchestre Arturo Toscanini, il débute à La Scala de Milan en 1915, dans Le Prince Igor. Il se produit aussi à Barcelone, Madrid, Lisbonne, et crée à l’Opéra de Monte-Carlo le rôle de Ruggiero de La Rondine de Puccini, en 1917. Et puis c’est l’Amérique : ses débuts américains ont lieu au Lyric Opera de Chicago en 1920, où il chantera régulièrement jusqu’en 1932. Enfin, il arrive au Metropolitan Opera de New York où il chante de 1932 à 1935. Puis, comme son collègue ténor, le grand Beniamino Gigli, Il passe les années de guerre en Italie, car il est sympathisant du régime de Mussolini, de même qu’un autre grand ténor, (préféré du Duce), Giacomo Lauri-Volpi. Il fait ses débuts à l’Opéra-Comique à Paris en 1946, et chante aussi à Marseille, Nice et Bordeaux. Il quitte la scène en 1955, mais continue de se produire en concert jusqu’en 1963. Il décède à New York en 1965.

Disons d’abord que Tito Schipa gagna en Amérique des sommes énormes, qu’il dépensait aussi vite, qu’il faisait la une des journaux pour ses relations amoureuses multiples et son style de vie luxueux et dispendieux. Mais il avait tant de charme, n’est ce pas, qu’on n’arrivait pas à lui en vouloir ? Bien sûr, il a connu les plus grands chanteurs et chanteuses de son temps et, dans la période des années 1920/1930, avant la Seconde Guerre mondiale, il chantait beaucoup avec la grande Amelita Galli Curci (1882-1963), la plus belle voix de soprano léger de sa génération, une élégante aristocrate italienne d’origine espagnole, qui disait avoir appris à chanter en écoutant les oiseaux… Elle s’était retirée de la scène en 1930 après des problèmes vocaux dus à un début de goitre. Tito Schipa a enfin connu et admiré Mario Lanza, pour lui un tout jeune, à qui il recommandait d’économiser et de protéger sa voix, qu’il qualifiait de « don de Dieu ». Après la mort de Mario Lanza en octobre 1959, il restera un des visiteurs réguliers des parents Lanza, chez qui il était régulièrement reçu à dîner à l’italienne, comme d’autres voisins de Hollywood). En 1958, il arrêta l’Opéra, donna des cours de chant à Budapest, notamment, puis revint à New York pour enseigner (avec des élèves de la classe de Cesare Valetti, un autre ténor au chant délicat et subtil) ; Un exemple de délicatesse ? Schipa était aussi un maître de la mélodie, de la « canzon », de la chanson napolitaine et même de la berceuse, ce qui convenait et à sa voix et à sa diction parfaite. Son texte s’entendait et se comprenait, ce qui compensait le manque relatif de puissance. Il projetait sa voix avec une technique infaillible, et il était ainsi audible depuis les fauteuils les plus éloignés, comme le disent des témoins, fimés sur DVD, qui chantaient avec lui sur plusieurs scènes et notamment au Téatro Colon, de Buenos Aires. Et surtout sa voix était reconnaissable parmi toutes, ce qui est le signe des grandes voix, avec une douceur infinie. Et selon Luciano Pavarotti, « Il avait quelque chose de plus important, vingt fois plus important que les notes élevées : une grande ligne », c’est à dire une ligne de chant. Tito Schipa était l’élégance du chant, l’élégance de l’homme, l’élégance de l’élocution, la subtilité vocale faite homme, l’intelligence qui apportait la gravité dans ces grandes mélodies d’Italie et d’Espagne aussi. Il enregistrera beaucoup de ces mélodies, qu’on ne peut toutes écouter, bien sûr, et on a du mal à choisir entre « Mal d’Amore », « Ideale », « Dicitencello Vuie ». L’artiste sut sauver sa voix et durer pratiquement 50 à 55 ans dans la carrière depuis son début à Vercelli en 1910 dans le rôle d’Alfredo Germont, de la Traviata, jusqu’à sa mort en 1965.

Venons en donc aux airs italiens. Et pourquoi pas « Dicitencello vuie » ? On pourrait même écouter deux versions : Tito Schipa et Mario Lanza, deux styles, deux voix, deux époques, l’ancien, Schipa, et le moderne, Lanza, qui enregistrait près de 30 ans après lui ! Retour à l’Opéra, pour terminer, avec André Chénier, de Umberto Giordano, et le très beau livret de Luigi Illica. Un des grands airs de ténor : « Come un Bel Di Di Maggio », enregistrement de 1938. Le poète André Chénier a été condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire, il va mourir et demande encore à la Muse de l’inspirer une dernière fois : « Ancor dona al tuo poeta la sfolgorante idea », Donne encore une fois à ton poète l’idée fulgurante » et il termine en disant « et moi je donnerai comme rime il gelido spiro d’un uom che muore » !, « le souffle froid d’un homme qui meurt » !

Insertions musicales

- Ombra Maï Fu, Xerxes (le grand empereur perse, en italien Serse), Haendel
- Ecco Ridente in Cielo, Il Barbieri di Siviglia, Rossini
- Pourquoi me réveiller, Werther, Jules Massenet,
- E Il Sol De’ll Anima, Rigoletto, Verdi
- Quando Le Sere il placido, Luisa Miller, Verdi
- M’appari, Martha, Friedrich Von Flotow
- A Vucchella,Tosti
- Dicitencello Vuie, Fusco-Falvo, par SCHIPA et par LANZA
- Come un Bel di di Maggio, André Chénier, Giordano

- Site Opéra Club Mario Lanza

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