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Écoute ! Il y a un éléphant dans le jardin

Ecoute ! Il y a un éléphant… # 12 février 2014

avec les collégiens pour le prix Collidram ; Thomas Chaimbault (Association des bibliothécaires de France)
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Des collégiens à l’antenne, en direct, pour présenter les pièces en lice pour le prix Collidram 2014 ; contre la censure dans les bibliothèques, avec Thomas Chaimbault (Association des bibliothécaires de France) ; Lionel Chenail pour la lecture d’un extrait de roman ;

Comme vous l’avez peut-être remarqué, il n’y a pas eu d’émission mercredi dernier 5 février. Des travaux à la radio ne l’ont pas permis…. Avec toutes nos excuses.

Collidram

C’est en début d’émission

Collidram, huitième édition, c’est parti ! Collidram, le prix de littérature dramatique décerné par les collégiens, entame donc sa huitième saison. Organisé par l’association Postures, il invite des collégiens à découvrir le théâtre contemporain en décernant un prix à l’une des quatre pièces qu’ils sont invités à lire dans le cadre de la classe, accompagnés par leurs professeurs et par les intervenants de l’association Postures. 31 classes, de la sixième à la troisième, engagées dans le projet, dont 10 en Ile de France. Et pour chacune de ces 9 classes, une halte à Aligre FM, partenaire du projet depuis la première édition. Quatre émissions, programmées de février à juin, au cours desquelles des représentants de chaque classe viennent, en direct, présenter les pièces, les discussions et les débats qui ont lieu dans les classes autour des textes et, enfin, interviewer l’auteur lauréat. Ce matin, pour la première émission du prix 2014 Collidram, ce sont des collégiens en troisième au lycée professionnel Paul Bert à Maison Alfort et en quatrième au collège Clément Guyard à Créteil qui sont installés autour de la table dans le studio d’Aligre FM. Ils sont accompagnés de leurs professeurs de français et des documentalistes, et d’Anne Marenco, de l’association Postures, qui les accompagne dans leurs lectures et délibérations tout au long du projet. Pour cette première émission 2014 de Collidram, tous ces jeunes vont présenter le prix Collidram, ses enjeux, son organisation, puis les pièces qui sont en compétition.

Les pièces en compétition : Soeurs je ne sais pas quoi frère, Philippe Dorin (Ecole des loisirs) - Traversée, Estelle Savasta -Ecole des loisirs) - Poucet pour les grands, Gilles Granouillet (Lansman) - Annette, tombée de la main des dieux, Fabienne Swiatly (Color gang)

"Tous à poil !"

Interview de Thomas Chaimbault, c’est à 45 minutes

La littérature jeunesse n’aura jamais été aussi médiatisée que ces derniers jours, presse nationale, radios, télévisions, réseaux sociaux, hélas, pas pour en apprécier la créativité, la diversité et la qualité, ni même pour en souligner le rôle pédagogique ou culturel dans le développement de l’enfant, mais pour réagir, amplifier ou bien dénoncer les propos de Jean-François Copé. En effet, le président de l’UMP, et tous les réactionnaires et extrémistes de droite avec lui, déploient leurs manœuvres politiques en menant des campagnes et des attaques en règle contre l’école et les enseignants, contre une éducation non sexiste et pour un retour à un ordre moral qui vise particulièrement les femmes. Quitte à dire n’importe quoi, tout prétexte est bon, la démagogie en prime. Cette fois-ci leur nouvelle croisade concerne les livres pour enfants : Jean-François Copé s’est insurgé violemment en public le week-end dernier, contre un album pour enfants, Tous à poil de Marc Daniau et Claire Franek, sous prétexte qu’il présente des personnages nus, et a jugé inadmissible de proposer de tels livres aux enfants. N’hésitant pas à mentir, il a affirmé que c’était un album recommandé par l’Education nationale) pour qu’il soit présent dans toutes les écoles, ce qui est faux. Pourtant, paru en 2011 aux éditions du Rouergue, Tous à poil n’a rien de choquant, loin de là, et raconte avec humour et simplicité la transformation et la variété des corps humains. Mais comme toujours quand il s’agit de censurer des livres pour enfants, on s’arrête à des mots, à des titres, à des phrases : il y a des sujets qu’on refuse d’aborder et dans ce refus évident de lutter contre les stéréotypes sexuels, entre autres, on fait feu de tout bois. Quitte à instrumentaliser les livres pour enfants, en n’acceptant pas que les livres sont des espaces pour imaginer, rêver le monde, le découvrir et se découvrir, questionner et apprendre, confronter et expérimenter les différences et la réalité complexe du monde, apporter des réponses ou des débuts de réponses aux questions que se posent les enfants, tous les enfants mais à chaque âge et pour chacun différentes. C’est dans la variété des livres et de ses lectures que l’enfant grandit. Chaque livre, quel qu’il soit, ouvre une fenêtre sur le monde dans lequel on vit, et aucun de ces livres, aussi aseptisé soit-il, n’est neutre dans la vision du monde qu’il propose. Certains livres sont bons, beaux, ‘réussis, intéressants, inventifs, subtils, d’autres sont ratés, inintéressants, conventionnels, pétris de clichés. Ce n’est pas le thème abordé qui fait ou non l’intérêt ou la qualité d’un album, mais son histoire et la façon dont il est écrit, illustré. Et si on suivait Copé ou ses acolytes dans leur réflexion, ce sont des centaines de livres ayant bercé des générations d’enfants qui devraient être interdits dans les écoles. Mais on est bien ici dans un combat idéologique sur la société et sur la place et le rôle qu’on y souhaite donner aux enfants. Ces réactionnaires de tous poils laissent entendre que certains de ceux qui créent les livres, auteurs, illustrateurs, éditeurs, ou de ceux qui les achètent et les lisent aux enfants seraient des irresponsables, pire voudraient subvertir les enfants, dans une sorte de complot organisé. Mais si complot organisé il y a, c’est bien celui orchestré par le mouvement Printemps français, un groupe d’opposants au mariage homosexuel, relayé par les sites internet, qui s’attaquent aux bibliothèques pour en faire retirer des livres jugés pro théorie du genre et appellent les parents à les appuyer dans leurs requêtes. Des pressions exercées sur les personnels de bibliothèques pour intimider et faire retirer des rayons des livres pour enfants, qui abordent les thèmes de l’égalité des fille et des garçons, l’homosexualité ou l’homoparentalité, ou encore la sexualité ou tout simplement la nudité, sur la base d’une liste de titres pré-établie. Et encore plus grave, des auteurs d’ouvrages pour enfants ont reçu des tonnes de mels orduriers et ont même été menacés de mort.

Ce n’est pas la première fois que des mouvements extrémistes ou intégristes s’attaquent à la littérature de jeunesse dans les bibliothèques et tentent d’imposer leurs points de vues ; et les méthodes sont presque toujours les mêmes : les personnes qui font les descentes dans les bibliothèques visent des livres précis qu’ils n’ont en général pas lus mais dont ils ont reçu la liste, des pressions sont exercées sur les élus, en particulier par l’envoi massif de courriers, hier par la poste, aujourd’hui par internet, et relayés par une certaine presse grand public. Par exemple, les plus anciens Parisiens se souviendront peut-être des campagnes de censure dont ont fait l’objet les bibliothèques pour enfants de la capitale dans les années 1986 et 1987, orchestrées par une élue parisienne, Solange Marchal, et relayées par la revue Santé Magazine. Mais dans le contexte actuel, cela prend une tout autre ampleur et autrement plus inquiétante. De nombreuses personnalités, professionnels du livre, institutions ou associations, et même la ministre de la Culture ont réagi et se sont manifestées dans la presse ou les réseaux sociaux depuis quelques jours ; en particulier l’Association des Bibliothécaires de France à qui nous avons demandé d’intervenir ce matin dans cette émission. Thomas Chaimbault est bibliothécaire, il travaille à l’ENSSIB, l’école nationale supérieure des sciences de l’information et des bibliothèques, il est membre de l’Association des bibliothécaires de France, membre du groupe de travail Légothèque : Bibliothèques, construction de soi et lutte contre les stéréotypes.

Parmi les livres attaqués et vilipendés, il y celui de Piotr Barsony, Papa porte une robe, édité par le seuil en 2004 et depuis longtemps épuisé et introuvable, même en bibliothèque. Un seul exemplaire, oui un seul, pour toutes les bibliothèques parisiennes, c’est dire ! Un album CD qui a eu une diffusion très restreinte, mais tout de même remarqué par des professionnels puisque cité dans des bibliographies de livres pour enfants, luttant contre les stéréotypes sexuels. Mais à cause de son titre, certainement, Papa porte une robe, cela a suffi pour attiser les foudres, alors que les chances qu’un enfant rencontre ce livre approche de zéro. Pourtant cet album audacieurx par son graphisme questionne non pas sur la question du genre mais surtout celle du chomage,de la difficulté de trouver du travail et des conséquences familiales. Un sujet rarement abordé en littérature de jeunesse et pourtant ô combien présent dans la vie des enfants. Je n’ai malheureusement pas retrouvé mon exemplaire personnel de cet album, qui est un album CD, avec des chansons interprétées par Maya Barsony, dont j’aurais voulu vous faire entendre un extrait, aussi je vous propose d’écoute un extrait d’un autre livre CD de Piotr et Maya Barsony, La chanson volée, édité au Seuil en 1996, avec la musique du Bachibouzouk Band.

Lecture

C’est quelques minutes avant la fin

Lionel Chenail lit un extrait du roman Sauf les fleurs, de Nicolas Clément (Buchet Chastel, 2013)

Spectacles

Hansel et Gretel, par la compagnie la Cordonnerie, est une adaptation formidablement réjouissante du conte des frères Grimm. Adaptation ET transposition, puisque ce sont les parents qui sont abandonnés par leurs enfants dans la forêt, revisitant ainsi toute la complexité des liens dans la famille contemporaine. Et sous une forme particulièrement originale mêlant cinéma et spectacle vivant, une marque de fabrique de la compagnie La cordonnerie depuis sa création en 1997. Des ciné spectacles : un film muet, imaginé et réalisé par Samuel Hercule et Métilde Weyergans et dans lequel jouent les artistes de la compagnie, une musique créé par Timothée Jolly, interprétée sur scène au piano et aux percusssions , tout comme est interprétées en direct également la bande son du film, dialogues, bruitages et chansons. La couleur musicale, tour à tour joyeuse, mélancolique voire plus effrayante est absolument superbe. Dommage qu’on ne puisse vous en faire entendre un extrait, mais le spectacle étant tout juste créé, il n’y pas encore eu de prise de son. La bande son du film, interprétée en direct, comme dans un spectacle vivant, est formidable de précision et d’inventivité, pour faire entendre les portes qui s’ouvrent, le grésillement des œufs dans la poele ou le bruissement des feuilles mortes sous les chaussures. Sur la scène, plongée dans la semi pénombre pour mieux laisser voir le film en noir et blanc, Samuel Hercule et Métilde Weyergans ont sous la main tous les objets et matériel pour mener à bien leur interprétation sonore, tandis que les deux musiciens jouent de leurs instruments. Les yeux du spectacleur vont sans cesse de l’écran aux artistes, pour un spectacle à plusieurs dimensions qui se croisent et se répondent de façon délicieuse. Dans leur version du conte traditionnel, transposé dans les années 70 en pleine crise économique, Hansel et Gretel sont deux personnes âgées, magiciens à la retraite et sans un sou, vivant dans leur caravane avec leur fils Jacob, lui aussi au chômage. Mais voici que celui-ci tombe sous le charme et l’emprise d’une étrange femme, Barbara, qui a tôt fait de le persuader d’abandonner ses parents dans la forêt. En inversant les rôles, les auteurs invitent bien sûr à interroger nos rapports avec les personnes âgées. Ils le font avec humour et tendresse, sans pour autant écarter les passages plus effrayants qui, dans la salle, incitent les enfants à se serrer contre les adultes. Oui, cette Barbara est une drôle de sorcière ! Véritable hommage au cinéma muet, tout en le rendant étonnamment contemporain, Hansel et Gretel, de la [compagnie la Cordonnerie, est un spectacle original et enthousiasmant à voir avec les enfants dès 6 ans. Produit par le Nouveau théâtre de Montreuil, où il a été créé la semaine dernière, le spectacle part en tournée dans toute la France dès la semaine prochaine. Une dernière représentation cet après midi, au Nouveau théâtre de Montreuil à 15 heures. A ne pas rater si vous pouvez… et s’il reste de la place.

Le second spectacle, une création lui aussi, est la première création jeune public de Vincent Berhault et Philippe Caillot, de la compagnie les Singuliers. Babillages, Un spectacle pour les tout jeunes enfants, spectacle poétique et musical, où la découverte du monde s’interprète en jouant. En jouant avec les objets, les chapeaux ou du papier, avec l’espace, avec les mots, les sons, la musique, avec les corps, comme des enfants qui expérimentent ce qui les entoure pour mieux se l’approprier. Le jongleur et acteur de cirque Vincent Berhault et le saxophoniste Philippe Caillot s’amusent en toute complicité, créent des surprises visuelles, sonores, ludiques et même burlesques Sur la scène, quatre modules colorés montés sur des roulettes composent le décor qui se déplace et se transforme au fil du spectacle, deviennent des castelets, des cachettes dans lesquelles disparaissent les artistes, pour mieux réapparaitre. Au plus près des sensations et des réactions des enfants spectateurs, Babillages, au nom très évocateur, mis en scène par Ilka Madache, s’adresse aux enfants dès deux ans. Le spectacle a été créé au théâtre Antoine Vitez à Ivry, où il est encore joué toute cette semaine, aujourd’hui, samedi et dimanche, mais on pourra le voir dès le mois de mars, à Morsang sur Orge, à Etampes ou Verrières le Buisson.

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