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Écoute ! Il y a un éléphant dans le jardin

Ecoute ! Il y a un éléphant… # 14 mai 2014

avec Jessie Magana (auteure) ; Jacques Descorde (auteur, metteur en scène, comédien)
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Rencontre avec Jessie Magana, auteure et directrice de collection, autour de ses ouvrages sur l’égalité filles-garçons ; puis avec Jacques Descorde, auteur, metteur en scène et interprète de "Maman dans le vent" (Théâtre du Lucernaire)

Livres

Interview de Jessie Magana, c’est au début

Lutter contre les stéréotypes, quels qu’ils soient, n’est pas une mince affaire, tant la résistance sociale est forte et tant ils sont, le plus souvent tellement intégrés chez tout un chacun. « Processus invisibles », comme les nomme Nina Schmidt dans un article paru très récemment sur le site de l’Observatoire des inégalités, les stéréotypes contribuent à renforcer les inégalités, inégalités entre les riches et les pauvres ,entre les blancs et les noirs, et bien sûr entre les hommes et les femmes, entre les filles et les garçons. Stéréotypes à l’œuvre en particulier dans les livres, les jouets, les films destinés aux enfants, nous l’évoquons souvent ici, dans cette émission où nous portons depuis longtemps une attention particulière aux albums qui s’éloignent de ces représentations stéréotypées. Mais si proposer aux enfants des livres où les filles ne sont pas toujours des princesses habillées de rose, ou bien éditer des catalogues de jouets dans lesquels des garçons jouent aussi à la poupée, est bien sûr essentiel, cela ne suffit certainement pas à déconstruire les stéréotypes, et donc à éduquer à l’égalité entre les sexes. La première étape d’une éducation à l’égalité, ce serait, déjà, d’essayer de repérer à quel moment nous, les adultes, nous adoptons un comportement sexiste. Et ce n’est pas si facile, rappelle Jessie Magana dans Comment parler de l’égalité filles-garçons aux enfants, paru tout récemment aux éditions du Baron perché. Dans ce livre tout aussi pédagogique qu’instructif, au bons sens du terme, Jessie Magana rappelle effectivement combien on peut faire preuve de sexisme ordinaire, comme elle dit. Mais une éducation à l’égalité filles-garçons, ‘c’est surtout travailler à déconstruire les stéréotypes déjà à l’œuvre chez les jeunes, ce qu’elle propose de faire sur la base de 15 thématiques, 15 fiches, à lire et discuter avec les enfants de 5 à 15 ans, portant sur les différences entre les hommes et les femme, la conquête de l’égalité et les inégalités qui demeurent. A partir de questions, telles que « Qu’est-ce que ça change pour les femmes d’avoir le droit de vote », « Une maman à la maison c’est mieux » ou « On n’a pas le droit de faire des blagues sur les filles ? » et des dizaines d’autres, elle apporte des réponses simples, mais nourries d’observations, de faits et de références, qui permettent de réfléchir et discuter. Et parce que Jessie Magana est une auteure engagée, militante même je dirais, sur la question d’éducation à l’égalité, et de lutte contre les discriminations, elle vient également de publier pour les plus grands, voire les adultes, Les mots indispensables pour parler du sexisme, écrit avec Alexandre Messager, édité chez Syros, où sous la forme d’un abécédaire de 60 mots, sont décryptés les différents aspects du sexisme, avec de nombreuses propositions de lectures ou de films pour aller plus loin. Pour les plus jeunes, Riposte ! comment répondre à la bêtise ordinaire, tout juste paru chez Actes Sud junior, tord le cou aux idées toutes faites, déconstruit les préjugés, sexistes bien sûr, mais aussi racistes et autres. Une vingtaine de clichés ordinaires, tels que « les Roms sont tous des voleurs », « Les Noirs ne sont bons qu’en sport », ou « Les garçons sont nuls à l’école » sont ainsi démontés, arguments à l’appui, dans un texte court, avec des illustrations humoristique d’Alain Pilon. Voilà pour les livres les plus récents de Jessie Magana, qui est aussi l’auteure de deux ouvrages, toujours pour les enfants, dans la collection Ceux qui ont dit non, chez Actes Sud junior, en particulier Gisèle Halimi non au viol. Elle dirige également chez Autrement jeunesse, la collection Français d’ailleurs, des récits d’immigration écrits par Valentine Goby dont nous avons tout récemment rediffusé un interview dans cette émission. Oui, c’est le moins qu’on puisse dire, Jessie Magana est une auteure militante, et c’est aussi pour cela que nous sommes ravis de l’accueillir pour évoquer ses livres avec elle.

  • Comment parler de l’égalité filles-garçons aux enfants, de Jessie Magana, le Baron perché, 16 euros, pour adultes
  • Riposte ! comment répondre à la bêtise ordinaire, de Jessie Magana, illustré par Alain Pilon, Actes Sud junior, 11 euros, à partir de 9 ans
  • Les mots indispensables pour parler du sexisme, de Jessie Magana et Alexandre Messager, Syros, 12 euros, pour grands ados et adules

Théâtre

Interview de Jacques Descorde, c’est à 50 minutes

J’avais d’abord découvert le texte l’année dernière, puisqu’il faisait partie des quatre pièces de théâtre sélectionnées pour le prix Collidram, le prix de littérature dramatique décerné par des collégiens et auquel Aligre FM est associé. Les collégiens avaient dit autour de ce micro toute l’émotion qu’ils avaient ressentie à la lecture de Maman dans le vent, de Jacques Descorde, publié à l’école des loisirs, combien ils avaient été touchés par cette relation entre cet homme et sa fille, d’une dizaine d’années, à la fois si proches et pourtant parfois si éloignés, par leur complicité tour à tour joyeuse et douloureuse. Tout comme eux, j’avais été touchée par ce père et sa fille qui tentent, lentement, parfois maladroitement, parfois heureusement, de partager le deuil de la mère disparue, à travers un voyage jusqu’au bord de la mer, dont on ne comprend pas tout de suite pourquoi ils l’ont entrepris et quelle en est la destination. Mais dans la pièce de Jacques Descorde, les silences ont autant d’importance que les paroles, et il n’est pas forcément nécessaire aux personnages de se dire avec les mots le chagrin qu’on partage et l’amour qu’on se porte, tout comme il n’est pas nécessaire de donner toutes les explications au lecteur ou spectateur, par exemple sur la présence de cet intriguant pistolet que le père transporte dans son sac. Non, entre le père et la fille, il y a les poèmes qu’on apprend et qu’on se rappelle, les chuchotis dans l’oreille, les jeux sur la plage au bord de l’eau, la tendre complicité portée par les souvenirs et un imaginaire commun, mais aussi toutes les sensations procurées par la mer, le vent ou le soleil, les pieds dans l’eau. Il y a surtout, ce père replié sur lui-même et son chagrin, qui pleure en dedans comme il dit, et sa fille, qui tente avec énergie toutes les ruses pour retrouver ensemble l’envie de continuer sur le chemin de la vie. C’est avec une émotion tout aussi vive que j’ai assisté à la représentation de Maman dans le vent, mis en scène par Jacques Descorde, interprété par lui également et par Solenn Denis dans le rôle de la fille. Incroyable interprétation que celle de Solenn Denis pour camper cette pré-ado, entre fragilité et force de vie, qui se déhanche et chante à tue tête devant un clip à la télévision ou sollicite des mots doux à l’oreille avec la même intensité, tente par tous les moyens d’insuffler son énergie à son père quand il vacille, s’enferme en dedans, s’éloigne. Interprétation très juste comme l’est aussi celle de Jacques Descorde, pour ce père qui est là sans être là, tourné en lui-même. Des gestes qui retombent à peine ébauchés, d’imperceptibles tiraillements du visage, des hésitations dans les mouvements, des regards absents disent toute sa détresse. A ces deux personnages qui cherchent l’issue à leur chagrin , répondent en écho une intéressante scénographie et mise en espace Alors que les 16 scènes, courtes, se déroulent à chaque fois dans un lieu différent – voiture sur l’autoroute, chambre d’hôtel, plage et mer, restaurant, falaise - , un seul espace sur le plateau presque nu, aucune paroi ou paravent mobile mais des lampes sur pied ou au sol, allumés ou éteints à vue par les comédiens qui font ainsi les différents espaces et orientent le regard du spectateur. Et sur le grand écran blanc en fond de scène, sont projetés flot de voiture sur l’autoroute, clips de télévision ou extraits de films, et surtout, tels des intertitres, les numéros des séquences, avec indication de lieu, de temps ou même de météo. Tandis que le lit, seul élément de décor devient tour à tour lit de chambre d’hôtel, voiture, table de restaurant ou falaise qui surplombe la mer. Maman dans le vent est joué tous les soirs du mardi au samedi au théâtre du Lucernaire, au plus près des spectateurs, tout là-haut dans la salle joliment appelée le Paradis, depuis le 7 avril et jusqu’au 14 juin prochain. A voir avec des ados ou sans eux, ce spectacle fin et émouvant de Jacques Descorde.

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