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Écoute ! Il y a un éléphant dans le jardin

Emission du 15 Janvier 2014

avec Emma Morin & Gaël Guillet (spectacle Molin-Molette) ; Julien Prost & Géraud Vérité (actualité des jeux vidéo)
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Molin-molette, un spectacle de Pierre Meunier au Théâtre du Grand Parquet jusqu’au 8 février : interview d’Emma Morin et Gaël Guillet ; puis la sélection de jeux vidéo de Géraud Vérité et Julien Prost ; pour finir, la lecture de Lionel Chenail

Spectacle

Interview de Emma Morin et Gaël Guillet, c’est au début

« Le silence d’un homme est-il le même que celui d’une femme ? », « Est-ce que si je me tais je redeviens un animal ? », « Si je m’empêche de rire, est-ce que mon silence devient drôle ? » Voilà quelques-unes des questions que soulèvent Molin et Molette, les deux personnages iconoclastes de Molin-Molette, un spectacle à la fois loufoque, profond et étonnant de Pierre Meunier. Fabricants de silence, qu’ils ramassent et distribuent au public, mais aussi éleveurs de ressorts dont ils ont fait leur objet d’étude, Molin et Molette expérimentent les liens entre matière et langage, entre physique et parole. Que se passe-t-il quand les mots s’échappent, se mélangent, ou encore refusent de sortir ou d’expliquer ? Que se passe t’il quand les ressorts, élevés avec soin et attention, prennent des proportions gigantesques et deviennent complètement incontrôlables ? Dès la première scène, le ton est donné, loufoque et un rien déjanté : tandis que Molin entre en scène, la tête dans un aquarium rempli d’eau, Molette y plonge une canne à pêche pour y attraper deux petits ressorts. « Ils sont tout petits, on va les laisser grandir », commente Molette. Mais dès qu’ils ont grandi, le dressage commence, dans une succession de scènes aussi drolatiques que poétiques et ludiques. Comme celle où Molette essaie d’amadouer Gaspard, le ressort donc, en lui parlant en espagnol ; ou encore celle où il accomplit son premier rebond sous l’œil admiratif de Molin et Molette, fiers comme des parents devant les premiers pas de leur enfant. De minuscule, les ressorts deviennent énormes, plus grands mêmes que les deux comédiens, et c’est bientôt un véritable corps à corps, ou plutôt un corps à ressorts qui les opposent, et Molin et Molette ont toutes les peines du monde à les maîtriser. Jeux sur la langue, sur les mots, sur les sonorités, dialogues improbables, le langage lui aussi a sa propre poétique, qui se confronte à celle de la matière. Atypique dans son propos comme dans sa mise en scène, le spectacle Molin-Molette trouve aussi toute sa force dans l’interprétation complice des deux comédiens Emma Morin et Gaël Guillet. Ils ouvrent grand les portes vers l’imaginaire et le jeu comme modes d’exploration du monde. Et les enfants, installés au plus près d’eux, tout autour du plateau, y plongent avec délice et connivence. Molin-Molette, écrit et mis en scène par Pierre Meunier, est à l’affiche du Grand Parquet, dans le 18e arrondissement, depuis le 8 janvier jusqu’au 2 février. C’est à l’issue de l’une des représentations scolaires, à laquelle assistaient des enfants d’école primaire ou début collège, que j’ai rencontré Emma Morin et Gaël Guillet, les deux comédiens.

Jeux vidéo

C’est à 45 minutes

Julien Prost et Géraud Vérité présentent leur chronique mensuelle sur les jeux vidéo :

Sur navigateur :

Sur smartphone/tablette :

Sur console/PC :

Lecture

C’est juste avant la fin

Lionel Chenail lit un extrait de Faber, de Tristan Garcia (Gallimard, 2013)

Parutions : applications numériques

C’est à 70 minutes

On trouve parmi les applications ou les livres numériques parues récemment, plusieurs adaptations fort réussies d’albums parus d’abord en édition jeunesse, sur papier donc. En voici deux, qui ont en commun d’être illustrés en noir et blanc, d’un trait léger et poétique.

Mon voisin, est l’adaptation en livre numérique du livre CD Mon voisin, écrit et illustré par Marie Dorléans, paru aux éditions des Braques il y a tout juste deux ans. Le narrateur, un monsieur, bien sous tous rapports et qui vit seul dans sa maison haute et étroite, 4 étages, une pièce par étage, voit débarquer un nouveau voisin qui emménage dans la maison mitoyenne. Au début, rien de particulier, mais un jour, d’étranges bruits se font entendre : qu’il soit dans sa cuisine, dans son salon, sa salle de bain ou son bureau, à chaque fois des bruits intrigants et différents de l’autre côté de la cloison. Qu’est-ce que ça peut bien être ? Qui est son voisin ? Il imagine divers scénarios de plus en plus improbables – le voisin serait-il haltérophile, pisciculteur, paléontologue, entomologiste ? - tous illustrés par une image en couleur en surimpression. Car dans cet album, toute l’illustration est en noir et blanc, tracée à la pointe fine, dans la lignée des dessins d’Edward Gorey ou ceux de Manushkin, l’auteur du célèbre Bébé, paru il y a plus de trente ans à l’école des loisirs. Un dessin minutieux tout en hachures, qui joue avec élégance sur les lignes horizontales ou verticales, alors que les aplats de couleurs débordent de rondeurs et d’énergie. Cela donne à l’album un côté à la fois désuet et très contemporain, léger et poétique, appuyé par la voix chaude et profonde de Guillaume Gallienne. Je vous propose d’en écouter juste le début. Quant à la chute, tout à fait savoureuse, on ne la dévoilera pas ici. Le livre numérique Mon voisin, présenté comme un livre enrichi, a été réalisé par Tralalère, et la réalisation est plutôt maline : alors que dans l’album tout se passait en double page et donnait à voir ce qui se passait chez les deux voisins en même temps sans notion d’étage, ici, au fil du récit, on monte de pièce en pièce, d’étage en étage, à l’intérieur de chaque maison, mais aussi de façon horizontale, d’une maison à l’autre, pour découvrir, en touchant juste la cloison, ce qui se passe chez l’un et peut-être chez l’autre. Une navigation plutôt inhabituelle ! On penche la tablette pour faire apparaitre les images en couleur en surimpression et qui transforment le décor, on amplifie ou baisse les bruits venus de chez le voisin en les rapprochant ou éloignant de la cloison. Bon, il y a des fois où on s’emmêle un peu, on ne sait plus si on doit monter ou passer à côté, mais le repère est donné sous l’image, par la maison entière, avec juste la bonne fenêtre éclairée. Comme dans l’album, le texte écrit est réduit par rapport au récit dit par Guillaume Gallienne, pourquoi pas, mais du coup, c’est difficile à suivre. Par ailleurs je n’arrive toujours pas à comprendre l’intérêt de faire apparaître le texte par lignes successives, au fil de la narration orale, comme si cela permettait à l’enfant de lire en même temps, ce qui n’est pas, ou très rarement, le cas. Pourtant, cette façon de faire est très courante dans les livres applicatifs pour enfants. Et ici, c’est d’autant moins utile que tout le texte dit n’est pas écrit et, du coup, on ne sait plus quand il faut lire ou pas, et comme on ne peut pas couper la narration… Mais tous les petits travers techniques ne sont pas graves, tant cet album numérique, au graphisme superbe, est astucieux et élégant. Et bien sûr, un grand bravo à Guillaume Gallienne pour sa lecture, qui apporte un grand plus à l’application comme au livre CD. Mon voisin, écrit et illustré par Marie Dorléans, dit par Guillaume Gallienne, un livre cd paru chez Des braques, et développé sous format ibook pour l’ipad, par Tralalère, 5,99 euros sur Ibook store, pour les enfants dès 5 ans.

Autre album superbement adapté : Moi j’attends, de Davide Cali et illustré par Serge Bloch, paru chez Sarbacane en 2005, dans un long format à l’italienne. Une illustration et un texte très épurés pour raconter les heurs et malheurs, les joies et les peines qui se succèdent tout au long de la vie. « moi j’attends, j’attends de grandir », ainsi commence le récit. Pour symboliser le fil de la vie, un fil de coton à brode rouge, qu’un petit garçon, tracé de deux coups de crayon, tire de toutes ses forces sur la première page. Espoirs, souhaits, rêves, attendre un baiser avant de dormir, le goûter, Noël, qu’il ne pleuve plus, et puis l’enfant grandit, devient adolescent, adulte, attendre l’amour, un enfant, des enfants, puis plus tard des petits-enfants ; attendre les rencontres, les séparations, la guerre, les vacances, la mort, les disputes et les souvenirs, les joies et les peines, et puis, tout au bout, l’attente d’un petit-enfant à naître, une vie en devenir et voici la boucle bouclée. Des mots simples et évocateurs, des illustrations très épurées, tracées au crayon noir sur le fond blanc, et ces photos ou découpages dans le papier, une technique si particulière à Serge Bloch. Toujours présent, le fil de coton rouge, comme photographié, file de page en page et se mêle au dessin au long de la quarantaine de pages, pour devenir laine à tricoter, guirlande ou cordon ombilical. Pas de détail, juste quelques éléments de décor à peine dessinés. Tout aussi épurée et poétique, l’application numérique, réalisée par Claire Sichez, ne multiplie pas les effets visuels, mais reprend et anime délicatement les illustrations de l’album. Pour chaque scène, un minuscule film d’animation à regarder, à écouter – ici c’est la voix d’André Dussollier qui nous envoûte par sa lecture du texte très bref, portée par une musique tout à la fois légère et mélancolique composée, pour clarinette basse, par Yuka Okasaki et un très discret bruitage. Et puis bien sûr, le fil rouge, toujours là, le seul élément interactif de l’application, et qui permet également au récit d’avancer quand on interagit. De son doigt on le fait glisser dans la main du petit garçon, on enrubanne les mariés, on le désentortille après une dispute qui l’a tout emmêlé, on l’offre comme une fleur, et cetera. Ici, dans l’application, le fil rouge, souple et fluide, prend encore plus de sens que dans l’album, d’autant que le passage d’une page écran à l’autre se fait sans coupure. Tour à tour gaie, triste, pensive, mélancolique, joyeuse, cette ode à la vie peut aussi être tout simplement racontée par les enfants eux-mêmes, car on peut couper la voix du narrateur et / ou retirer le texte écrit, juste entendre la musique. Pourquoi pas, mais ce serait dommage de se priver de la voix d’André Dussollier. Moi, j’attends, d’après l’album de Davide Cali et Serge Bloch, une application co produite par France télévision, les Films d’Ici 2, La station animation et Sarbacane pour la tablette ipad, 2,69 euros. A partir de 5 ans et pour longtemps.

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