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Écoute ! Il y a un éléphant dans le jardin

Ecoute ! Il y a un éléphant… # 23 avril 2014

avec Taoufik Abdessatar (Festival du Jeu) ; Valentine Goby, auteur ; Anne Clerc, critique
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avec Taoufik Abdessatar, pour le Festival du Jeu à Saint-Ouen ; Valentine Goby, auteure des ouvrages de la collection Français d’ailleurs (Autrement jeunesse) ; Anne Clerc, pour une sélection de romans pour adolescents.

Jeux

Interview de Taoufik Abdessatar, c’est au début

Depuis hier matin, mardi et jusqu’au 4 mai prochain, le Festival du Jeu de Saint-Ouen investit le complexe sportif de l’Ile des Vannes sur l’Ile Saint Denis, pour le transformer en une immense, et surtout très accueillant plateau de jeux, de 2400 mètres carrés. Pour cette 24ème édition du Festival du jeu, l’équipe du Service Enfance de la ville de Saint-Ouen a choisi le thème : Jeu des masques, du carnaval de Venise aux masques africains, en passant par les super héros, les animaux et les manga. A n’en pas douter, même si je n’y suis pas encore allée, la scénographie imaginée est certainement tout aussi magique que les années précédentes, pour mettre en valeur les jeux venus de tous les pays et donner l’envie de les découvrir et d’y jouer. Car c’est l’un des grands points forts de ce Festival du jeu que de rendre exceptionnelles, et comme suspendues hors du temps, les quelques heures passées à jouer et découvrir les centaines de jeux de société rassemblés autour de la thématique, jeux de plateaux, de jeux de construction et de jeux d’adresse. Exceptionnelles pour le lieu, pour la qualité et le nombre de jeux, sélectionnés avec soin par l’équipe organisatrice, et exceptionnelles aussi pour l’accueil et l’accompagnement réservé aux enfants. Cette semaine, pour les centres de loisirs, la semaine prochaine, ce sera au tour des enfants des écoles, et enfin, le week end des 3 et 4 mai, accueil du grand public et des familles en accès libre et gratuit. Un accueil très personnalisé, puisque une quarantaine d’animateurs sont au service des enfants, et des adultes, pour présenter les jeux, les règles, et même entamer une partie si on en a envie, et ainsi favoriser la déambulation parmi toutes les propositions. Et ce matin, on jette les masques avec Taoufik Abdessatar, directeur ajdoint du Service Enfance à la ville de Saint Ouen, organisateur du Festival du jeu.

Livres

Interview de Valentine Goby, c’est à 30 minutes

Parce que la situation faite aux Roms en France reste d’une triste actualité, avec des conditions de vie toujours de plus en plus difficiles et en butte à un racisme de plus en plus violent, nous vous proposons ce matin de revenir sur un ouvrage pour les enfants, écrit par Valentine Goby, Lyuba ou la tête dans les étoiles. Les Roms, de la Roumanie à l’Ile de France, paru en septembre 2012 dans la collection Français d’ailleurs, chez Autrement jeunesse. Avec ses 11 titres parus depuis 2006, cette collection entend sensibiliser les 9-13 ans, avec intelligence et finesse, à l’histoire de l’immigration en France. Tous écrits par la romancière Valentine Goby, ils proposent le récit d’un enfant, sa vie au quotidien, ses souvenirs, ses émotions, marquée par son histoire familiale et son histoire d’immigration. A chaque tire, une période précise, toujours à travers le regard d’un enfant : le départ du pays, le voyage, l’arrivée en France qu’il découvre, les difficultés et la possible intégration, mêlant petite histoire et grande histoire. L’écriture, chaleureuse, enlevée, privilégie les sentiments et les émotions de l’enfant, tout en apportant des informations précises. On devine d’ailleurs le travail minutieux que cela a dû demander à Valentine Goby pour faire le tri dans toutes les informations dont elle disposait pour rendre son récit à la fois crédible, juste et personnel. Avant tout un récit de vie, dans lequel les jeunes lecteurs pourront s’identifier, tout en apprenant à connaître, ou à mieux connaître, ceux qui les entourent. Des ouvrages de 80 pages, de belle facture, avec de nombreuses illustrations aux crayons, aux encres ou aux aquarelles, signés par Ronan Badel, Philippe de Kemmeter ou Olivier Tallec. Sans oublier le dossier documentaire, réalisé à chaque fois par un spécialiste, qui permet aux jeunes lecteurs de mieux comprendre. Le premier titre de la collection Français d’ailleurs de chez Autrement jeunesse, Le cahier de Leïla, de l’Algérie à Billancourt, situé en 1963, raconte l’immigration algérienne. Le dernier en date, Les deux vies de Ning : de la Chine à Paris-Belleville, a paru en septembre dernier. Lyuba ou la tête dans les étoiles, Les Roms de la Roumanie à l’Ile-de-France, publié en septembre 2012, évoque la rude vie d’une jeune adolescente en 2010, venue avec sa famille du nord-ouest de la Roumanie, pour s’installer dans des abris de fortune aux portes de Paris, soumise au rejet et expulsions répétées. Du 23 février au 6 avril 2013, l’année dernière donc, les bibliothèques de Montreuil ont organisé tout un cycle de rencontres et événements artistiques, intitulé A la rencontre des cultures tsiganes. Dans ce cadre, Valentine Goby était invitée à présenter Lyuba ou la tête des étoiles, et j’ai eu le plaisir d’animer cette rencontre, dont nous avions déjà diffusé ici de larges extraits. Nous vous en proposons ce matin une nouvelle diffusion. Cet entretien public s’est déroulé à Montreuil en avril 2013, dans le cadre d’un cycle de rencontres organisé par la bibliothèque de Montreuil. Depuis, la Cité nationale de l’histoire de l’immigration a changé de nom et s’appelle désormais le Musée de l’histoire de l’immigration, mais c’est toujours à la Porte Dorée. La passionnante exposition Albums, bande dessinée et immigration 1913-2013 se termine dimanche prochain. Précipitez-vous ! Quant à la collection Français d’ailleurs, elle se décline dorénavant également dans un format poche, certes dans une mise en page beaucoup plus sobre , avec des illustrations en noir et blanc, mais bien sûr à un coût d’achat bien moindre, 4,95 euros, au lieu des 14,50 euros des livres originaux. Deux titres ont été réédités pour le moment, Thien Anh ou la grand traversée, ainsi que Le Cahier de Leïla, et les autres vont suivre. Mais nous aurons certainement l’occasion d’en reparler avec Jessie Magana, directrice de la collection, mais aussi auteure de nombreux documentaires autour de l’engagement, car elle sera notre invitée le 14 mai prochain.

  • Lyuba ou la tête dans les étoiles. Des Roms de la Roumanie à l’Ile-de-France, de Valentine Goby, illustré par Ronan Badel, Autrement jeunesse, collection Français d’ailleurs, 14,90 €, à partir de 10 ans

Livres

Chronique d’Anne Clerc, c’est à 65 minutes

Depuis le début de l’année, nous sommes plongés dans le Centenaire 14-18. La Première Guerre mondiale et les événements commémoratifs sont omniprésents, mais qu’en restera-t-il ? En littérature jeunesse, cela se manifeste par des publications prolifiques sur le sujet. Documentaires, romans, bandes dessinées ou albums reviennent sur le contexte géo-politique, évoquent les tranchées ou les traumatismes psychologiques, avec la volonté de sensibiliser les jeunes sur une période historique d’un autre temps, qui leur est de plus en plus étrangère… Véronique, soyez tranquille, je ne parlerai ce matin ni des poilus, ni des gueules cassées. Non, il me semblait plus intéressant d’aborder le thème de la guerre en allant vers l’anticipation. Genre littéraire ô combien plébiscité par les adolescents. Par le biais de la science-fiction, les lecteurs accèdent à ce que pourrait être un conflit dans un avenir hypothétique. Tout devient possible : l’identification et l’empathie ou, au contraire, la mise à distance d’une situation dramatique. La guerre constitue aussi un motif littéraire permettant de rendre compte de ce que pourrait être l’adolescence : un chaos intérieur permanent. J’ai retenu 3 romans dans lesquels la guerre implique la fuite, subie. Elle révèle ou au contraire, annihile la personnalité et l’avenir des jeunes gens.

  • Guerre et si ça nous arrivait de Janne Teller, Les Grandes Personnes, Trad. du danois par Laurence W.O. Larsen. Illustrations de Jean-François Martin, 2012.
  • La Voix du Couteau, La Chaos en marche (T.1), de Patrick Ness, Gallimard Jeunesse, trad. de l’anglais par Bruno Krebs, 2009 (1ère édition)
  • Maintenant c’est ma vie (How I live now), de Meg Rosoff, Albin Michel Jeunesse, « Wiz », 2006 (1ère édition)

Parutions

C’est au tout début et à 25 minutes

L’univers du groupe rock suisse Bricojardin est décidément complètement déjanté, ébouriffant bourré de poésie et d’inventions, et surtout complètement enthousiasmant. Après Petit Robert le mystère du frigidaire, leur conte musical créé en2010, ils reviennent cette année avec une nouvelle création, là aussi sur scène et sur livre-CD, Lola Folding. Lola Folding (prononcer à l’anglaise !, Foldinngue et non pas foldingue), c’est avant tout une histoire en musique, racontée par Zak ze Cat, chat de grand-mère, GrandMa Folding, 100 ans, et son album de photos, remplis de souvenirs, auquel la petite Lola Folding, 9 ans, héroïne de cette histoire n’a pas le droit de toucher. Il lui suffit alors d’attendre le bon moment, la sieste de sa grand-mère, et la voici happée dans l’album ; elle se retrouve parmi les lolaroïds, autrement dit des photos de famille vivantes, des photos qui parlent. Elle plonge alors dans les souvenirs et les secrets de famille, remonte le temps : la rencontre de ses parents, sa grand-mère au même âge qu’elle, ses tantes pas si sages que ça, et cetera. Quand Lola sortira de l’album, sa grand-mère ne sera plus. Sous la plume de Marc Jeanneret, avec la mise en musique de Simon Aeschimann, les voix de Mariama Sylla et de Simon Aieschiman, et de très nombreux instruments, cette histoire de transmission familiale et du temps qui passe, est incroyablement prenante. Dans un univers, ancré dans la musique rock des années 60-70, avec ses clins d’œil, voulus ou non, à Nino Ferrer ou Jacques Dutronc, mais aussi dans celui du cinéma et du cabaret, Lola Folding se révèle d’une très grande richesse musicale. Récit et chansons, à l’écriture fine et imagée, campent des personnages truculents, abordent avec le sourire des thèmes profonds, passe du rire au grave avec la même exigence, portée par la voix chaude et expressive de Mariama Sylla. Voilà une histoire musicale écrite à hauteur de sentiments d’enfants, mais qui embarque petits et grands ! Comme dans Petit Robert et le mystère du frigidaire, on est en juste équilibre entre rêve et réalité, entre ombres et lumières, entre tendresse et fantaisie, entre loufdinguerie et poésie. A voir les quelques extraits filmés du spectacle, sur le site de Bricojardin, on devine que celui-ci est bourré de trouvailles visuelles et sonores, mais il faudra patienter jusqu’en décembre prochain pour le voir en région parisienne, et ce sera au Théâtre 71 à Chatillon. Mais le CD, lui, ou plutôt le livre CD, est disponible et il est absolument superbe. Edité par les éditions suisses Notari, dans leur collection L’oiseau sur le rhino, il se présente, comme le précédent opus, sous la forme d’un long leporello, autrement dit livre frise, un livre qui se déploie comme un livre accordéon qui, une fois déplié, mesure pas loin de 5 mètres. Verso, le texte complet, et recto, une magnifique fresque qui suit le récit, sans un mot, réalisée par Mara Cerri. Cette illustratrice italienne travaille surtout pour la presse et le cinéma d’animation et elle est encore peu connue en France, où elle a illustré en 2008 l’album de Bernard Friot Gâteaux et chapeaux aux éditions Milan. Dans une palette de couleurs dominées par les verts d’eau et les rouges sombres, ses peintures, qui semblent mêler pastels, fusain et acrylique, mais peut-être je me trompe, laissent affleurer les multiples nuances de couleurs, les coups de pinceau mais aussi les griffures, imprègnant ses images de mystère, de poésie et de fantastique, comme si la patine du temps était passée par là pour effacer quelques détails sur les portraits de groupes ou les visages en gros plans. Quel bel ouvrage, très élégant, à garder glissé tel quel dans son étui, ou à afficher sur toute sa longueur !

- Lola Folding, par Brico Jardin, illustré par Mara Cerri, un livre-CD édité par Notari, 28 euros, à partir de 6 ans.

En ce début de printemps, l’auteur illustrateur Renaud Perrin signe deux albums réjouissants aux éditions du Rouergue, dans lesquels sa maîtrise de l’illustration en gravure fait une nouvelle fois merveille, comme son plaisir malicieux à jouer avec les codes du récit, de la langue, avec les mots et avec le lecteur, tout en racontant une belle histoire de vie comme c’est la cas dans l’album La femme à barbapapa. Il arrive que les destins soient tout tracés, il suffit de les lire dans la boule de cristal de la voyante comme dans un livre, et pour Rosa, la femme à barbe et vendeuse de barbe à papa parmi tous les forains, ce sera la rencontre et l’amour fou avec Barbe bleue, le garagiste. Clef à molette, clé de sol, clé des champs, clef double… quatre clefs pour décider du sort de Rosa, il suffit de trouver la bonne au bon moment, avec une pincée de hasard, et surtout de volonté. Car les manèges peuvent vite tourner en rond, la routine et l’ennui s’installer. Pour Rosa la foraine, même si l’amour est là, difficile de tenir en place, et la voici qui disparaît… dans un trou de la page. Barbe bleue part à sa recherche, bientôt secondé par Violette, une petite fille à barbichette, perdue et à la recherche de parents. La clef du bonheur n’est pas loin. Pour raconter cette histoire qui, derrière son apparente simplicité un peu loufdingue, aborde des questions profondes comme les choix de vie, ses contradictions ou la transmission, Renaud Perrin a adopté un ton joyeux et alerte, s’amusant souvent avec les doubles sens des mots ou des sons, avec les interventions régulières du perroquet Okay qui répète ce qu’il entend, mais d’une autre manière. Et puisque tout est écrit dans la boule de cristal comme dans un livre, les pages et numéros des pages font naturellement partie de l’histoire. Il fallait y penser ! Surtout, ou plutôt également, il y a ces éclatantes illustrations en linogravure et au pochoir, en trois couleurs, bleu, jaune et rose, imprimées en tons directs sur un beau papier épais, pour lesquelles Renaud Perrin dit avoir travaillé à la façon du loubok, cette image populaire russe généralement gravée sur du bois, sous la forme de graphismes simples et narratifs. Très expressives, drôles, intrigantes, les illustrations de Renaud Perrin, s’amusent elles aussi avec l’espace de la page, avec les nombreux détails et clins d’oeil, avec les lignes et les courbes, celles du manège ou du grand huit. Du grand art.

L’autre album, Pool, toujours aux éditions du Rouergue, est un élégant petit ouvrage toilé, illustré par Renaud Perrin sur des textes de Pascale Petit. Elégant, réjouissant, impertinent, malin, inventif, un hommage à tous les volatiles en tous genres, et surtout un véritable exercice oulipien en hommage à Georges Perec, car tous les textes, poèmes, haikus, courts récits, ne comportent pas une seule fois la lettre « E » comme dans le roman de Georges Perec intitulé la Disparition. Mais si d’E, il n’y a pas, l’œuf, lui, est au centre de tous les textes, à travers poules, oiseaux et autres bêtes à plumes, qu’il s’agisse de recettes, de portraits d’oiseaux incongrus, du répertoire des injures du capitaine Haddock, de parodie de la fable du Corbeau et du Renard, ou celle d’un polar, ou encore des façons de dire cui-cui dans différentes langues. Cela donne des histoires d’ouf, des histoires incroyables, drôles, malines, des jeux sur les mots et sur les sons, jeux sur le langage et ses contraintes, aussi savoureuses à lire bouche fermée qu’à lire à haute voix. Pour les mettre en images, ou plutôt pour leur faire écho, Renaud Perrin a répondu à cette grande variété de formes narratives par une tout aussi grande variété de techniques ou de représentations, des images dans lesquelles il a d’ailleurs glissé malicieusement de nombreuses formes ovipares. Gravure, dessin, craie, pixels, papiers découpés, objets en volume, cases de BD, photographies, points de croix, papiers pliés… Une trentaine de textes ou plus, et presque autant de façons différentes de les illustrer. Bourré de références et de clins d’oeil, cet élégant petit livre s’adresse bien plus certainement aux adultes qu’aux enfants auxquels ces références manqueront pour bien l’apprécier, mais peut-être je me trompe, et que la découverte de ce livre sera l’occasion de jouer avec les lettres, les mots, les sons.

  • La femme à Barbapapa, écrit et illustré par Renaud Perrin, édité au Rouergue, 17 euros, à lire à partir de 5 ans.
  • POOL, écrit par Pascale Petit, illustré par Renaud Perrin, édité au Rouergue, il coûte 15,50 euros, et pour l’âge, je vous en laisse seuls juges.
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