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Écoute ! Il y a un éléphant dans le jardin

Ecoute ! Il y a un éléphant… # 05 mars 2014

avec Thierry Magnier, éditeur ; Olivier Letellier, metteur en scène
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avec Thierry Magnier, éditeur, pour "Ah ! Ernesto" de Marguerite Duras ; Olivier Letellier, metteur en scène de "Un chien dans la têtre ; Lionel Chenail, pour une lecture

Livres

Interview de Thierry Magnier, c’est au début

Marguerite Duras, décédée un 3 mars et dont on va célébrer le centenaire de naissance le 4 avril prochain, Marguerite Duras a écrit un seul livre pour enfants, Ah ! Ernesto, un album illustré par Bernard Bonhomme, publié en 1972 par les éditions Harlin Quist/Ruy Vidal, disparues depuis longtemps. Et avec elles, cette première édition de Ah ! Ernesto, difficile à dénicher, même en bibliothèque. Pourtant, ce récit qui met en scène le petit Ernesto, qu’on retrouve le roman Pluie d’été, n’a pas pris une ride, pour utiliser la formule consacrée. Bien au contraire, il reste d’une belle modernité. Par son écriture, d’abord, qui ne cède en rien à la facilité, mais dont le style à la fois limpide, minimaliste, travaillé à la virgule près, avec ce mélange de langage parlé et de littéraire si caractéristique de l’écriture de Duras, laisse toute la place à l’imaginaire du lecteur. Par son histoire, celle du jeune d’Ernesto qui ne veut plus aller à l’école parce que, dit-il à ses parents, « à l’école on m’apprend des choses que je ne sais pas ». Et les voici tous les trois, Ernesto, le père, la mère, rendus chez l’instituteur pour le mettre au courant. Mais devant les adultes, bien désemparés, et campés dans leurs rôles d’enseignants et de parents, Ernesto confirme : à l’école tout est étriqué, figé et ce n’est pas là qu’il veut apprendre à lire. L’instituteur peut rouspéter tant qu’il veut, la vie est ailleurs. Dans ce dialogue à bâtons rompus, ce sont toutes les questions essentielles sur la connaissance, l’apprentissage, l’enseignement, la liberté d’apprendre, apprendre aussi à dire non et à penser par soi-même, qui sont interrogées avec finesse et humour. Des questions bien évidemment toujours d’actualité !

Ah ! Ernesto, dans sa version d’origine, était donc, hélas, épuisé depuis longtemps. Aussi c’est avec beaucoup de plaisir que nous avons découvert la réédition de ce texte Marguerite Duras, avec des illustrations de Katy Couprie, paru en novembre dernier aux éditions Thierry Magnier. Dans la lignée des illustrations réalisées pour le Dictionnaire fou du corps, paru un an plus tôt, Katy Couprie a illustré le texte de Marguerite Duras, non pas en mettant en scène les personnages mais par des planches d’images inspirées par les images des cabinets de curiosité et autres musées d’histoire naturelle qu’elle est allée visitée. Des dessins en gravure et pointe sèche, animaux, plantes, fruits, animaux de légende, légumes, pierres, formules, papillons, qui sont autant d’objets qui attisent la curiosité, l’envie de connaître et d’apprendre au gré de son émerveillement et de ses découvertes. La parution de l’album Ah ! Ernesto est accompagné d’un second album Ah ! Duras, réalisé par l’éditeur Thierry Magnier, qui reprend toute la genèse de ce récit, avec de nombreuses reproductions de nombreux documents, photos manuscrits ? C’est passionnant à lire et l’on découvre combien ce livre pour enfants comptait beaucoup pour Marguerite Duras, a été long à écrire et combien il a été long à aboutir, entre autres du fait de son éditeur Ruy Vidal. Oh Ernesto, Ah Duras, deux albums que nous vous invitons à découvrir, avec Thierry Magnier, leur éditeur, que nous sommes allés rencontrer il y a quelques jours.

La lecture-rencontre avec Thierry Magnier, Katy Couprie et Jeanne Moreau aura lieu le vendredi 4 avril à 19h30 à la médiathèque Marguerite Duras, dans le 20e arrondissement, où seront exposés les illustrations originales de l’album de Katy Couprie à partir du 27 mars. Il est conseillé de réserver pour la rencontre.

Spectacle

Interview d’Olivier Letellier, c’est à 45 minutes

Si dans les spectacles conçus et mis en scène par Olivier Letellier, il y a souvent un seul comédien sur le plateau, qui peut passer d’un personnage à l’autre, comme c’est le cas dans Oh boy, c’est, peut-être, parce qu’Olivier Letellier est un artiste conteur, formé à l’art de la parole à la Maison du conte. Un seul comédien, mettant ainsi la narration au cœur de la pièce, du théâtre récit mais souvent dans un dispositif scénique qui mêle différentes disciplines, théâtre d’objets, marionnettes, vidéo, comme c’était le cas dans son spectacle La scaphandrière, créé en 2012 sur un texte de Daniel Danis. Mais toujours dans une grande sobriété de décor, avec un seul accessoire, un objet, un lit ou une armoire… Si le conte, dans sa dimension contemporaine de récit initiatique, semble rester un des fils conducteurs de l’œuvre artistique d’Olivier Letellier, cela ne l’empêche pas de faire appel à des dramaturges contemporains, comme c’est le cas pour sa dernière création, Un chien dans la tête, écrite par Stéphane Jaubertie, et dont le texte est publié aux éditions Théâtrales. Comme souvent dans les contes, on retrouve dans cette pièce un thème qui traverse les pièces d’Olivier Letellier, celui de la difficulté de grandir, de trouver son chemin et passer les épreuves, entre espoirs et angoisse, seul ou accompagné, par des adultes, des parents qui ne savent pas toujours comment faire, ou qui sont simplement absents. Dans Un chien dans la tête, c’est la honte, un sentiment fort, violent, indicible, qui a envahi la vie, la tête du Fils, c’est le nom du jeune héros, honte de son père, le fou, enfermé dans sa chambre, honte de sa mère qui s’abrite derrière des mensonges. Alors, pour échapper à une réalité insupportable, à tous ceux qui se moquent de lui, pour arriver à mettre des mots sur les émotions, Le Fils, s’est inventé un jardin imaginaire, et deux amis, Celle qui reste, et le Fils de la Baleine. Devenu adulte, il retrouve ce jardin imaginaire et ses deux amis. Dans un va et vient entre passé et présent, dans une chronologie bouleversée, il peut enfin raconter les drames qui ont hanté son enfance, reparcourir le chemin qui l’a amené à grandir et se délivrer de ses peurs. Pour la première fois dans les spectacles d’Olivier Letellier, il n y a pas un comédien mais trois, pour interpréter Le Fils, et ses deux amis, Celle qui reste et le Fils de la baleine. Pleins de fantaisie, bavards, mais aussi attentionnés, ils soutiennent et encouragent le Fils à se souvenir, à parler, et font resurgir les personnages et situations du passé grâce à des marionnettes, des jeux d’ombre et un dispositif scénique ingénieux. En particulier, les apparitions de la mère, incarnée par une longue chevelure et une voix off, est assez impressionnante. Quant aux dialogues, ils sont souvent savoureux. Car si les situations, dans lesquelles se reconnaitront nombre d’enfants dès 9 ans, est dure, grave, la pièce, elle, très rythmée, est à la fois émouvante et drôle, entre autres avec les interventions du duo de marionnettes incarnant deux enfants méchants et sadiques, mais surtout à la bêtise vraiment crasse. Sans oublier l’univers sonore et musical, dont les modulations jusque sur les voix des personnages, marquent les différents espaces-temps de la pièce, allègent ou renforcent les ambiances, que viennent appuyer les jeux de lumière. Un chien dans la tête, de Stéphane Jaubertie, a été créé à l’automne dernier, en tournée dans toute la France, en mai à Elancourt, en avril à Sartrouville, à la fin du mois de mars à Marly le Roi et au Kremlin Bicêtre, et depuis hier jusqu’à mercredi prochain au théâtre national de Chaillot. Et ce matin, nous sommes ravis d’accueillir son metteur en scène, Olivier Letellier.

Toutes les dates de la tournée sur le site du Théâtre du Phare.

Lecture

C’est quelques minutes avant la fin

Lionel Chenail lit un extrait d’un roman de littérature générale sur le thème de l’enfance.

Nouveautés

C’est à 35 minutes

Connaissez-vous Tétine Man ? Haut comme trois pommes, deux cheveux sur le caillou, la bouille toute ronde, et surtout une grosse tétine collée dans le bec. Et qui n’en bouge pas. Jamais. Gare à celui ou celle qui voudrait l’obliger à la retirer, c’est peine perdue. Les parents de Tétine Man ont depuis longtemps baissé les bras dans la lutte anti-tétine ; d’ailleurs pour l’anniversaire de ses quatre ans, ils lui ont même offert une tétine toute neuve. Gare aussi à ceux qui traitent Tétine Man de bébé à tétine et veulent lui piquer son tour au toboggan ou les meilleures parts à la cantine, car avec son regard de Tétine Man, il fait céder tout le monde, sans pour autant abandonner son flegme nonchalant. Trop fort, Tétine Man. Ce petit héros de bande dessinée a su trouver la parade imparable pour mener tranquillement sa vie d’enfant, et surmonter les tracas quotidiens. Non seulement ses aventures, racontées par Christophe Nicolas au scénario et Guillaume Long au dessin, non seulement elles sont drôlement bien menées, à hauteur d’enfant, mais le ton et l’humour de la narration et des dialogues, renforcés par le dynamisme de la mise en pages sont absolument savoureux. Et cerise sur le gâteau, leur écriture simple et directe en fait des histoires particulièrement adaptées pour les enfants qui commencent à savoir lire. Les premières histoires de Tétine Man ont commencé à paraître en 2010, édités par Didier Jeunesse, l le premier volume sous le titre Tétine Man, le suivant Tétine Man est le plus fort, et un troisième en 2012, Tétine Man n’a peur de rien, chaque volume regroupant trois épisodes d’une douzaine de pages. En ce début d’année, Didier jeunesse entame les compilations de Tétine man, en publiant un bouquin au format souple qui regroupe, pour le même prix, les six premiers épisodes. C’est plutôt une bonne idée tant c’est un vrai plaisir que d’enchaîner à la suite les histoires de ce nouveau petit héros. Tétine Man, de Christophe Nicolas et Guillaume Long, édité par Didier Jeunesse, 84 pages, 10,90 euros, à se faire lire à partir de 4 ans, et à lire tout seul dès qu’on a commencé à apprendre.

« Il était une fois une fois un chien, un cochon, un canard… et une poule ». Le dernier album d’Emile Jadoul, Pizza, commence comme un conte, et il a d’ailleurs toutes les allures d’un conte, avec ses répétitions et ses péripéties, et ses quatre personnages. Mais c’est pour mieux s’en amuser avec un clin d’œil appuyé au conte de la Petite Poule rouge, celle qui avait trouvé un grain de blé, le fait germer, pousser, et cetera sans que le canard, le dindon et autres animaux de la basse cour ne daignent lever la patte pour l’aider. Et elle, toujours souriante, fait le boulot toute seule, mais, bien fait pour eux, elle sera la seule à mange le pain avec ses petits. Ici, dans Pizza, la poule affiche dès le départ son mauvais caractère ! et on est loin de l’univers de la basse-cour puisque tout se déroule à l’intérieur de la maison, un jour de pluie ; les animaux affalés par terre ou dans le fauteuil semblent s’ennuyer ferme, quand l’un d’entre eux, le chien pour être exacte, déclare qu’il a faim, propose de commander une pizza, enregistre les souhaits de chacun, pizza champignons pour le cochon, pizza quatre formage pour le canard, passe la commande par téléphone. Tous bien contents, ils préparent la table. Tous ? non, sauf la poule, qui n’arrête pas de râler… jusqu’au retournement de situation, quand il s’agit de sortir sous la pluie pour aller ouvrir au livreur de pizzas. Cela risque même de finir en pugilat, car aucun des animaux ne veut se mouiller. Aucun ? Si. La poule, car, dit-elle, « je ne suis pas une poule mouillée ». Les dialogues, aux réparties savoureuses, avec leurs clins d’œil et jeux de situation, sont tout aussi réussis que les illustrations, réalisées au trait, dans un décor minimaliste. Debout sur leurs pattes, l’un arborant un tee shirt de marin, les autres leur tee shirt coloré, le cochon, le chien, le canard et la poule ont une sacrée dégaine. Ils sont surtout terriblement expressifs, autant par leur gestuelle que par la mine qu’ils affichent. Il faut dire qu’Emile Jadoul, sait d’un coup de crayon leur faire exprimer bouderie, étonnement ou dédain. Bravo ! Pizza, d’Emile Jadoul, édité par Pastel/L’école des loisirs, à lire à partir de 4 ans. 10,50 euros.

Un autre auteur-illustrateur qui s’inspire avec brio des contes pour les petits pour composer ses propres histoires, c’est Geoffroy de Pennart. Depuis La reine des abeilles paru en1992, mais surtout depuis Le loup est revenu, paru en 1994, et la vingtaine d’albums qui ont suivi, il s’amuse avec les personnages des contes traditionnels – La chèvre et les sept biquets, les Trois petits cochons, entre autres - avec un humour qui fait mouche à chaque fois. Parfois des remake, parfois des contes détournés, ou carrément une autre histoire, d’album en album on retrouve les personnages, la chèvre Madame Boutchou, Balthazar le chevreau, ou Igor le loup et d’autres, mais pas toujours à l’endroit attendu. C’est drôle, bourrés de clins d’œil rigolos, dans le texte et dans l’illustration, et la dégaine des protagonistes vaut le détour, à commencer par Madame Boutchou avec ses lunettes coincées sur son long museau, sa robe sac à col blanc et ses escarpins rouges. Les albums de Geoffroy de Pennart sont depuis longtemps devenus des classiques à l’école maternelle. Mais on ne s’en lasse pas. Dans le tout récent Il faut délivrer Gaspard !, édité comme les autres aux éditions Kaléidoscope, le louveteau se retrouve coincé dans la cuisine, la clef cassée dans la serrure. Madame Boutchou enfourche sa mobylette et file chez le serrurier qui ne veut rien savoir, il n’a pas le temps. Alors elle va le policier pour qu’il oblige le serrurier… Non plus. Alors elle va voir le maire pour qu’il oblige le policier à obliger le serrurier… et cetera et cetera. Reprenant la structure des contes randonnées par accumulation, Geoffroy de Pennart campe des personnages et des situations bourrées de clin d’œil : l’ours serrurier est en plein chantier dans ce semble bien être la maison des Trois ours après le passage de Boucle d’or : le maire, Sacha Botté de son nom, ne veut pas être dérangé car il est en train de taper le carton avec les trois petits cochons dans son bureau très sombre, et cetera, et cetera. Les illustrations sont pleines de détails cocasses, et le texte, particulièrement bien adapté pour la lecture à voix haute, est rythmé par des phrases ritournelles comme dans tout bon conte pour petits, comme ce « « Bon sang de bonsoir, quelle histoire ! Il faut délivrer Gaspard ». Un vrai plaisir de lecture. Il faut délivrer Gaspard !, écrit et illustré par Geoffroy de Pennart, Kaléidoscope, 13 euros. A partir de 4 ans.

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