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La vie est un roman

La Vie est un roman # 02 janvier 2018

Lecture de "Moi Je Yoyotte - 1982".
Voir en ligne : Site de Médiapop.
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Le gimmick, je n’ai pas à vous l’expliquer vu que vous l’avez déjà compris, non ? J’ai fait un AVC et maintenant, eh oui, je yoyotte… Et par ailleurs, depuis dix ans, ou peut-être même depuis toujours, je publie des livres avec des photos dedans et des photos, Jean-Michel Yoyotte en fait, lui aussi, depuis toujours. Bref, donc et pour en finir avec cette intro, lui et moi, nous nous connaissons depuis 1982. J’avais 33 ans et lui, 34. Et maintenant, à deux, nous en avons au moins 140. Je lui ai téléphoné, il est venu, on a causé tout l’après-midi et une bonne partie de la soirée, bu quatre bouteilles de bordeaux et en allant me coucher, je me suis dis, peut-être que demain, je ne me lèverais pas. Je voulais dire plus jamais, que je serais raide, tremblant, bavant, HS. Enfin, bref, j’avais les jetons et je décidais donc de ne plus boire une goutte d’alcool tant que mon texte pour ce nouveau livre ne serait pas terminé.

Le repos du guerrier. Oui, quand je les appelais encore, j’appelais les mecs par leur nom de famille et les filles, par leur prénom. Ayant tardivement découvert les joies du salariat, il semble que, du coup, je me sois un peu détendu et que je me sois mis à appeler mes collègues par leurs petits noms. Et il n’y a pas que la pelle, il y a aussi la pioche. Quand je pense à un mâle, c’est son patronyme qui s’agite dans ma tête. Par exemple Yoyotte, c’est Yoyotte. Et après 737 années de vie commune, pour de sordides raisons matérielles, enfin, ça, c’était l’alibi, j’ai épousé Magali qui maintenant porte mon blason et mes armes. Les enfants en ont hérité tout de suite et j’ai aimé ça. Ils étaient ma chair et mon sang, mon honneur et ma raison, ma fragilité et toutes mes peurs. Quant aux bâtards…

Je suis brouillon, maladroit, caractériel, constamment humilié par mes propres insuffisances. On me fait réécrire mes textes dix fois. Tout se bouscule en moi et sur l’écran. Rien dans mes proses n’est jamais clair, harmonieux, élégant, racé. Je crachouille, je mordille, je baisse la tête, rougi, accablé par mes dissonances, mes provocs nullissimes, ma perpétuelle hâte d’en finir, de passer à autre chose. Personne n’y est pour rien. C’est moi et moi seul qui suis ainsi mal fait et défait. Tout me frustre. Pour arriver à bosser, à rendre de temps en temps de la copie, je suis obligé de me prendre par surprise, de tout cracher très vite, de m’oublier. Et après, tu t’étonnes que ça te revienne dans la gueule !

Tu es dans le parc Montsouris. Un jardinier, armé d’une bêche, creuse un trou. Deux autres employés communaux, tout en commentant son travail, le regardent. Cela s’appelle un Bernardini. C’est une performance, de l’art contemporain. Ce n’est pas tout le monde qui peut le faire. Les balayeurs peuvent le faire aussi. Faut travailler pour la Ville. Eh oui, Man, si tu ne l’es pas déjà, tu vas devenir légendaire…

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