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Écoute ! Il y a un éléphant dans le jardin

Ecoute ! Il y a un éléphant… # 27 mars 2013

avec Pauline Lamy (Le musée de poche), puis Manon Jaillet (La maison est en carton)
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Au programme de cette émission : Pauline Lamy, fondatrice et responsable du Musée de poche (Paris, 11e) ; puis Manon Jaillet, fondatrice et responsable de La Maison est en carton (maison d’édition jeunesse). Deux initiatives qui font découvrir les illustrateurs jeunesse d’une autre façon.

Le Musée de poche

C’est en début d’émission

L’endroit n’est pas grand, à peine plus grand qu’un mouchoir de poche, mais à peine le seuil franchi, on s’y sent tout de suite à l’aise. Au coin d’une rue calme du 11e arrondissement, à quelques pas du métro Goncourt, le Musée de poche a ouvert ses portes en septembre dernier. Le parquet de bois, les grandes vitrines de ce qui était auparavant une boutique, les meubles de bois et surtout les œuvres illustrées qui tombent du plafond, occupent les murs et mêmes les vitrines rendent le lieu particulièrement chaleureux et joyeux. Depuis le 20 février et jusqu’au 21 avril, les planètes, les étoiles filantes, les vaisseaux spatiaux ou les galaxies conçus par les graphistes et designers Alice et Maxime ont envahi l’espace. Ces deux jeunes artistes, qui ont créé les éditions Morse, conçoivent des jeux, des images ou des objets en papier, au graphisme particulièrement soigné. Mais le plus étonnant reste certainement leurs grandes sérigraphies, pour lesquelles ils ont imaginé un monde de planètes tout en couleurs. A chacun la sienne. Depuis l’ouverture du musée de poche, c’estla troisième exposition présentée par Pauline Lamy, la maîtresse des lieux, qui affiche une préférence pour les jeunes illustrateurs tels que Mayumi Otero ou Amélie Fontaine, au graphisme épuré, dont on retrouve les images dans l’édition, la presse ou le design. En lien ou pas avec l’exposition du moment, le Musée de poche organise de nombreux ateliers pour les enfants, pour les tout petits dès 3 ans ou pour les plus grands, qui combinent ou alternent découverte des œuvres, créativité et écoute d’histoires racontées par une conteuse. Au centre de l’unique pièce, la table se met à la hauteur des enfants pour leur faire partager et expérimenter les diverses techniques susceptibles de stimuler leur imaginaire. La Maison des contes et des histoires, dans le 4e arrondissement, la galerie Jeanne Robilllarddans le 11e, d’autres encore, Le Musée de poche n’est pas le premier ni le seul lieu dans Paris à proposer aux enfants expositions d’illustrateurs, histoires ou contes à écouter, ateliers d’expression. Les formules sont variées, souvent imaginés et créés à l’initiative d’une personne, en général une jeune femme, pleine d’énergie et de passion, à l’image de Pauline Lamy. Des lieux à découvrir, parce qu’ils mettent la création graphique à hauteur d’enfants, tout en leur faisant découvrir ce que l’édition propose de plus novateur, comme c’est particulièrement le cas au Musée de poche. Aussi sommes-nous allés pousser la porte du Musée de poche il y a quelques jours pour rencontrer Pauline Lamy.

La maison est en carton

C’est à 45 minutes

Après avoir fait ses premiers pas dans l’édition jeunesse auprès d’éditeurs déjà aguerris, Manon Jaillet s’est lancée, seule, dans l’aventure éditoriale en 2007 en créant La maison est en carton. Aventure plutôt originale, puisqu’elle n’a pas choisi d’éditer des albums, mais des images, uniques, inédites, reproduites à 300 exemplaires, qu’elle sollicite auprès d’illustrateurs de livres jeunesse, parmi les plus talentueux. Beatrice Alemagna, Kitty Crowther, Stéphane Girel, Régis Lejonc, Martin Jarrie, Jean-François Martin, Rascal, pour n’en nommer que quelques-uns, ont été parmi les premiers à publier ces images de la taille d’un cahier, imprimées sur beau papier, vendues sous cadre ou pas, mais dont chaque exemplaire est numéroté et signé par l’artiste. Aujourd’hui, le catalogue de la Maison est en carton rassemble pas loin de 150 images réalisées par presque autant d’illustrateurs, et qui témoignent de la grande diversité des univers jeunesse. Prix de vente modique, 11 euros, pour des images qui, à n’en pas douter, seront devenus de véritables collectors d’ici quelque temps. Et c’est vrai qu’à farfouiller dans la caisse qui les rassemblait toutes sur le stand de la Maison est en carton au Salon du livre de Paris ce week-end, j’ai mis longtemps à me décider tant il y en avait qui me faisaient envie : celles d’Ilya Green, Judith Gueyfier, Carole Chaix, Christian Voltz, Isidro Ferrer, Carll Cneut, et j’ai finalement craqué pour Blexbolex. Si la Maison est en carton continue de publier essentiellement des images d’illustrateurs jeunesse, aujourd’hui, les formats et les modalités se sont diversifiés, avec par exemple ces boites qui rassemblent des images d’un même illustrateur autour d’un thème, bestiaire, peur, cirque ; ou encore avec ces grandes images-paravent à taille d’enfant, qui présentent une scène de vie avec une myriade de détails à débusquer. Il y a le musée de Carole Chaix, la piscine de Magali Le Huche, le cabinet de curiosités de Delphine Jacquot , la fête foraine de Claire Franek, et d’autres encore, une bonne dizaine au total, aux graphismes et aux couleurs très variés. Autant de façons d’inviter les enfants à explorer le monde des images, à inventer des histoires, à partager ses observations, à découvrir les multiples façons d’imaginer le monde et à peu à peu se forger ses propres goûts esthétiques. Aussi cela faisait un moment que nous avions envie de rencontrer Manon Jaillet pour présenter avec elle sa maison d’édition. Mais La maison est en carton est landaise, à Sore exactement, c’est un peu loin. Le Salon du livre de Paris nous en a donné l’occasion, puisque pour la première fois cette année, la Région Aquitaine proposait un stand aux éditeurs jeunesse de sa région. Rencontre avec Manon Jaillet.

Parutions

C’’est à 40 minutes

Songes d’une nuit de Chine, de Chun-Liang Yeh, illustré par Valérie Dumas, édité par HongFei cultures à la fin de l’année 2012 n’est pas à proprement parler un livre de poésie. Mais de son écriture poétique, à savourer à voix haute, l’auteur taiwanais a dressé le bref portrait des 12 animaux du zodiaque chinois. Ou plutôt, un jeune paysan, éreinté par sa journée de labeur, voit filer devant lui un rat et se met à envier la bête, bien nourrie et heureuse. Alors le songe commence. L’un après l’autre, du rat jusqu’au cochon, chaque animal du zodiaque prend la parole pour décrire en quelques mots, sa vie, sa place auprès des hommes et aussi son aspect symbolique, de façon simple, imagée et drolatique, tout en enviant l’animal suivant, certainement plus heureux que lui. Jusqu’à ce que la ronde s’achève au petit matin, que l’homme s’éveille et voit le monde sous un nouveau jour. La mise en pages est très élégante, avec ses pages de garde dorées mat et son grand format carré. Pour chaque animal, une double page illustrée, elle-même introduite par une autre double page, dépouillée et bordée d’un liseré rouge, avec juste le nom de l’animal en français, et en face son nom en chinois calligraphié, en rouge aussi. Sur les dernières pages, quelques informations pour mieux comprendre le zodiaque chinois. Mais ce sont avant tout les illustrations de Valérie Dumas qui apportent au livre toute sa singularité. De son pinceau, à dominantes rouges, vertes ou rose vif, dans de grands cadres pleine page, pleins de volutes, de feuilles et de fleurs, elle a croqué chaque animal avec humour et un décalage un rien surréaliste, pour illustrer leurs caractères. Ce décalage, toujours savoureux, souvent surprenant, invite alors à relire le texte pour mieux percevoir ses possibles interprétations au second degré. Ainsi la chèvre, yeux maquillés, bottines effilées aux pieds, bouteille de lait dans son sac à main, pose bien droite, dans ce qui semble être une caisse de planches de bois, peintes en vert au sol et d’un ciel nuageux sur les parois, tandis que le texte parle des hommes qui lui offrent plaine et ciel pour pâture. Quant au portrait du chien ou celui du cochon, ils sont encore plus délirants. Un régal. Songes d’une nuit de Chine, de Chun-Liang Yen, illustré par Valérie Dumas, édité par HongFei cultures, 17 euros, à partir de 10 ans.

Il est rare, très rare que les auteurs évoquent le monde ouvrier, les luttes sociales et l’engagement politique dans les albums pour enfants. On pourrait même parler de tabou tant c’est rare. C’est pourtant ce qu’a fait, et avec beaucoup de finesse, Michel Piquemal dans La robe rouge de Nonna, un album illustré par Justine Brax, paru début février aux éditions Albin Michel jeunesse. Finesse, et intelligence, car cet album se trouve en équilibre très subtil entre témoignage et fiction, entre récit informatif et récit d’enfance, entre gravité et légèreté, pour évoquer non seulement cette période terrible du fascisme en Italie et ses conséquences, dans les années 20, mais aussi la lutte menée par les ouvriers militants anarchistes pour y résister. Il le fait à travers une chronique familiale, dans laquelle la jeune narratrice, française, six ou sept ans, interroge sa grand-mère, sa nonna, qui ne cesse de fredonner des chansons italiennes qu’elle ne comprend pas. Et sa grand-mère de lui raconter l’histoire de sa famille quand elle-même était petite, l’engagement politique de son père ouvrier, son athéisme et anticléricalisme, comment il était devenu la cible des chemises noires. Puis ce fut le tour de sa mère, et enfin d’elle-même alors qu’elle n’avait que cinq ou six ans ; alors qu’elle rentrait un soir de l’école, habillée d’une robe rouge, des Chemises noires l’obligèrent à la retirer, là, sur la place du village, devant tout le monde, sous prétexte que le rouge était la couleur des communistes. Ce fut la goutte de trop et ce soir-là sa mère, avec son père, décida de fuir pour la France. Les chansons que chante aujourd’hui Nonna, ce sont celles de son enfance, les chansons révolutionnaires qu’on chantait à la maison, Va penserio, mais surtout Bella ciao, et qui lui sont bien sûr toujours restées. A défaut de la musique, mais celle-ci trottine dans la tête de ceux qui la connaissent, les paroles de Bella Ciao parcourent tout l’album. Nonna les partage avec sa petite-fille, symbole de la mémoire collective et de la mémoire familiale, transmises de génération en génération. Le récit de Michel Piquemal est à la fois sobre et imagé, émouvant mais précis sur les répressions que subit l’aïeul ouvrier, sur ses convictions et sa foi en un monde meilleur. Il lui a été inspiré d’une histoire vraie, qu’on lui a racontée et qu’il a souhaité transmettre à son tour. Les images de Justine Brax, puissantes, expressives, parfois sombres mais toujours majestueuses expriment au plus près la force, l’énergie, la rage mais aussi le désespoir qui animent chacun. Des couleurs entre le rouge et le noir pour peindre une nature froide et hostile, des plans avec des contreplongées qui viennent accentuer le sentiment d’oppression ou de danger, mais surtout d’étonnants plans rapprochés sur des gueules de loups, symboles du fascisme, mais non évoqués dans le texte… toutes ces illustrations sont peut-être un peu trop chargées par rapport au texte un peu plus nuancé dans sa charge émotive. On ajoutera que le récit est complété par les paroles, en italien et en français, de Bella Ciao et d’un court rappel historique qui permet de mieux comprendre le contexte. La robe rouge de Nonna, de Michel Piquemal et Justine Brax, Albin Michel jeunesse, 13,50 euros, à partir de 7 ans.

Programmation musicale

  • L’éléphant magique, de Pierre et Vincent, extrait de leur tout nouveau CD, Drôles d’oiseaux (Victor Mélodie)
  • Le vent qui nous mène, Alain Schneider, extrait de Le vent qui nous mène, à paraître dans très peu de temps chez Victorie Music
  • Hibou, par Raphaëlle Garnier et sa bande des Productions Nid de coucou, dans Marrons et châtaignes, paru il y a quelque temps déjà ; on attend le prochain avec impatience
  • Bella Ciao, par le choeur Padano di Piadena
  • Pascal Parisot, La vie de château, tout juste paru chez Naïve
  • Madame la fée est au chômage, de François Hadji-Lazaro, dans Ma tata, mon pingouin, Gérard et les autres, Milan / Naïve, il y a quelque temps déjà
  • Clavelo, de Jean Andreo et les Flex tribu, du CD Jazze toujours tu m’intéresses, paru chez Lugdivine fin 2012 : une merveille !
  • La varicelle, par les Ogres de Barback, de Pitt’ocha et la tisane de couleurs, tout juste paru chez Ifran
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