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Écoute ! Il y a un éléphant dans le jardin

Ecoute ! Il y a un éléphant… # 06 mars 2013

avec Suzanne Arhex (pour le journal "Biscoto") ; Philippe Crubézy et Nathalie Bécue ("l’Apprentie sage-femme)
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Au programme : avec Suzanne Arhex, co-fondatrice de "Biscoto, le journal plus fort que costaud" ; Philippe Crubézy et Nathalie Bécue, pour la pièce "L’apprentie sage-femme", actuellement en tournée

Presse pour enfants

C’est en début d’émission

Biscoto est un vrai journal pour enfants. Entendez par là, en papier journal, un tabloïd comme on dit, et non pas un magazine en papier épais et glacé. Fragile donc, mais cela ne l’empêche pas d’être sous-titré « le journal plus fort que costaud ». Biscoto, le journal plus fort que costaud !, un joli titre pour ce mensuel de 16 pages, pas moins, qui ne joue pas dans la cour des grands mais cultive, au contraire, un côté délibérément simple et artisanal. Créé et dirigé par Suzanne Arhex et Julie Staebler, deux illustratrices, Biscoto, dont le premier numéro a paru en décembre dernier, propose aux enfants qui savent déjà lire, 6-7 ans et plus, bandes dessinées, images, jeux, blagues, bricolage, histoires, en feuilleton ou en courts récits, avec humour et fantaisie. De nombreuses rubriques à retrouver au fil des numéros, concoctées par une équipe de jeunes créateurs, illustrateurs pour la plupart. En effet, la part belle est donnée à l’illustration, à commencer par la double page centrale qui se fait poster pour être accroché au mur. A chaque numéro, un thème – Le sauvage pour le numéro 1, La machine pour le numéro de février, Miam, pour le numéro de mars tout juste sorti –, un thème qui au-delà d’apporter une unité au journal, incite les auteurs et illustrateurs à mêler infos vraies et inventions. Pour autant, pas d’intentions pédagogiques, pas du tout, mais plutôt une invitation au lecteur à faire fonctionner son imaginaire et à exciter sa curiosité tout en s’amusant. Tout autant que les illustrations, les mises en pages et les typographies ne sont jamais les mêmes d’une page à l’autre, comme sont variées également les formes d’écriture, mais demeurant, et c’est important, à hauteur d’enfants. On ajoutera que [Biscoto ->http://biscotojournal.com/]ne comporte aucune publicité, chaque numéro coûte 3,50 euros, on peut s’y abonner ou l’acheter en librairie. Rencontre avec Suzanne Arhex.

Théâtre

C’est à 50 minutes

Dans deux jours, la journée internationale des droits des femmes, et même si L’apprentie sage- femme n’est pas un spectacle revendicatif ou même féministe, il dresse un superbe portrait de fille puis de femme. D’abord un roman écrit par Karen Cushman et publié à l’école des loisirs, puis adapté par Philippe Crubézy pour Nathalie Bécue qui l’interprète sur scène, L’apprentie sage-femme a rencontré un très beau succès depuis sa création il y a deux ans. Un succès très mérité. Ce mois-ci, on peut voir L’apprentie sage femme, samedi soir prochain, 9 mars, à l’Apostrophe à Jouy le Moutier, le 23 mars au Colombier, à Verrières le Buisson, et le 29 mars à la MJC Tati, à Orsay, et les 25 et 26 avril à Chelles. Un spectacle tout public à voir à partir de 12 ans. Nous avions rencontré Nathalie Bécue et Philippe Crubézy lors de la tournée au Lucernaire à Paris, il y un an. C’est cet entretien que nous vous proposons de réécouter.

Quel dommage que le roman de Karen Cushman, L’apprentie sage-femme, publié en 1996 à l’Ecole des loisirs, soit aujourd’hui épuisé et seulement disponible en bibliothèque. D’abord parce que c’est un beau récit pour adolescents. Comme tous les autres romans de cette auteure américaine, il plonge son lecteur dans un temps reculé de quelques siècles pour dresser le portrait d’une jeune héroïne déterminée en quête d’identité et de reconnaissance, en butte aux difficultés pour faire sa place dans une société où il ne fait pas bon être femme, et où le mot de « sorcière » est associé aux herbes médicinales. Dommage aussi, car après avoir vu la magistrale adaptation théâtrale qui en a été faite, sûr qu’un certain nombre de spectateurs auront envie de prolonger le spectacle par la lecture du roman. Adaptée par Philippe Crubézy, mise en scène par Félix Prader et interprétée par Nathalie Bécue, seule en scène, L’apprentie sage- femme est donc le récit du parcours d’une jeune adolescente, sans parents ni même identité, errant de cour de ferme en tas de fumier, mendiant sa nourriture au jour le jour pour survivre, jusqu’à ce matin-là où La Pointue, comme elle l’appellera, l’embauche comme fille à tout faire. Auprès de cette femme revêche et crainte par tout le village, qui la rudoie plus souvent qu’à son tour mais lui assure gite et couvert, et qu’elle admire et craint tout à la fois, elle apprend à donner la vie. En la regardant, en se trompant et en recommençant, elle apprend à être tout simplement. Surtout, elle se donne enfin un nom, Alice, elle qu’on n’appelait pas mais surnommait la Morveuse ou Cafard. Une nouvelle naissance en quelque sorte qui lui permettra d’aller de l’avant, d’aller vers les autres, de grandir, d’apprendre à lire, d’aimer et de devenir femme. Non sans encore quelques épreuves à traverser. Sur la scène, sans décor, juste une table, un livre, des pommes, Alice, devenue une femme âgée, s’adresse au public pour témoigner de sa vie, l’interpelle pour lui raconter ces quelques mois qui l’ont vue se transformer. D’une langue rustre mais imagée, parfois crue, à la syntaxe chamboulée, à la fois littéraire et très orale où le pronom « je » trouve lentement sa place, elle dit le froid, la faim, le travail, la solitude, mais aussi les couleurs des saisons, les odeurs des plantes, et son monde qui s’ggrandit peu à peu. Elle raconte les rencontres heureuses ou malheureuses, les disputes et les cris des femmes en couches, les colères de la Pointue qui ne voit pas forcément d’un bon œil que sa protégée puisse la remplacer. Seule sur la scène, Nathalie Bécue, d’une énergie incroyable, campe une Cafard-Morveuse-Alice au regard direct, mais elle vit aussi tous les personnages, la Pointue, les garçons du village, le meunier, l’aubergiste, le magistrat, et bien d’autres, passant de l’un à l’autre d’un simple mouvement, d’un regard ou d’une inflexion de voix. Vive, tourbillonnante, investissant tout l’espace de la scène, ou s’arrêtant le temps d’éplucher et de croquer les pommes, elle parle, crie, s’emporte, s’adoucit, habitée par la volonté de témoigner de ce que fut ce parcours pour donner la vie à son tour. Une mise en scène et une interprétation qui donnent encore plus d’intensité à ce témoignage, à ce récit initiatique où la femme, les femmes jouent les rôles les plus importants. L’apprentie sage-femme s’adresse tout autant aux adolescents qu’aux adultes, bien sûr.

Lecture

C’est à 80 minutes

Lionel Chenail lit un extrait d’un roman sur le thème de l’enfance : Némésis, de Philip Roth, Gallimard.

Parutions

C’est à 40 minutes

A deux jours du 8 mars, voici un album qui, tout en finesse, campe un beau portrait de fille, elle a su trouver comment s’imposer dans un monde d’hommes. Avec subtilité et détermination. Ils ne sont pas si nombreux les auteurs-illustrateurs qui manient le stylo aussi bien que les pinceaux, pour offrir aux enfants, des albums avec des histoires fortes, denses, aux illustrations tout aussi riches. Rémi Courgeon est de ceux-là. Brindille, paru fin 2012 aux éditions Milan, s’inscrit dans la lignée de La colo, Trois jours en plus ou Invisible mais vrai, ses précédents albums. Ils racontent des épisodes décisifs de l’enfance, dans des récits où l’écriture ciselée, imagée, sait dire avec simplicité les émois et les sentiments. Dans les livres de Rémi Courgeon, résonne toujours une petite musique, un rien nostalgique. D’ailleurs, souvent, presque toujours, l’un ou l’autre de ses personnages joue d’un instrument de musique. Ici, le piano, pour la petite Pavliana, que sa famille appelle Brindille, la seule fille de la maison, pas de mère, 3 frères plus âgés, pas méchants, mais pas tendres non plus, et un père aimant mais dont le métier de chauffeur de taxi ne lui laisse pas de répit. Pour Brindille, pas un moment à elle non plus, car toutes les tâches ménagères, négociées au bras de fer avec ses frères, lui tombent dessus. A chaque fois, elle perd. Alors un jour, elle décide d’apprendre la boxe. Volonté, ténacité, entrainement, endurance, Brindille, enfin Pavliana, va jusqu’au bout, jusqu’au combat sur le ring, la peur au ventre, mais avec finalement le soutien de toute la famille. Elle gagne. Et abandonne ses gants de boxe pour toujours. Un texte tout en légèreté, malgré le sujet, avec de jolies images, telles cette « fleur de défi » qui s’ouvre dans la tête de Brindille. Fleur de défi… Sur les pages au grand format, les images de Rémi Courgeon font merveille. Imprimées en tons directs, les couleurs sont peu nombreuses. Dans des tonalités assourdies, caramel, prune, bleu vert, sur lesquelles le rouge du combat vient littéralement exploser, le tracé a quelque chose d’artisanal, comme de la gravure, et rend les illustrations très chaleureuses. Leurs compositions étonnantes, tout autant que la mise en pages, leur confèrent une grande puissance. En particulier, avec cette très jolie façon, à chaque double page, de faire de la première lettre du texte une grande image. On ne le remarque pas tout de suite, tant cette image est d’abord l’illustration du récit. Comme par exemple, le A de « a priori » qui est un pantalon suspendu à une corde à linge ; ou bien le « J » de « Joue nous un peu de Mozart », qui est la queue du chat assis sur le piano. Profondeur de champ, perspectives, ouvertures, jeux sur les ombres, ligne de fuite, cet album fait preuve d’une grande maîtrise et la petite Brindille, queue de cheval haut perchée, est très attachante. Quant à la scène du combat, tout aussi minimaliste dans son texte que dans son illustration, elle est fulgurante. Enfin, on ajoutera pour terminer, que la couverture en carton brut, recouverte d’une jaquette à utilise aussi comme affiche, de match de boxe bien sûr, s’accorde avec élégance au travail de Rémi Courgeon. Brindille, de Rémi Courgeon, Milan, 16,90 euros, à lire à partir de 5 ans.

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