AU FIL DES PAGES # 16 OCTOBRE 2025 – MARTINE REID
Invitée : Martine Reis, pour son essai Voir rouge aux éditions Arléa (2025).
Professeur émérite de langue et de littérature françaises à l’Université de Lille, Martine Reid est spécialiste de George Sand, mais plus généralement, de la place des femmes dans la littérature.
Après avoir découvert l’œuvre de la peintre amérindienne Jaune Quick-to-See Smith (1940-2025) et vu un siège de coiffeur couvert de cheveux d’enfants indiens arrachés à leur famille pour une assimilation forcée, Martine Reid s’interroge sur l’omniprésence toponymique – elle rappelle pour chaque nom de lieu sa signification dans l’une des multiples langues indiennes – et l’invisibilisation des premiers habitants de ce qui n’était pas encore l’Amérique. Elle interroge également le rapport que nous entretenons avec une mythologie nourrie d’un narratif largement alimenté, dans un premier temps, par les grands spectacles à la Buffalo Bill, et, par la suite, l’industrie cinématographique. Cette enquête à sauts et à gambades, nourrie par une saine colère, est une entreprise mémorielle inattendue, où l’on croise Tintin, Buffalo Bill, Rosa Bonheur, Louis-Philippe, Tocqueville, George Sand, le créateur de « l’identité » camarguaise et l’inventeur – français – du far-west. Passionnant et éclectique, cet ouvrage érudit invite le lecteur à voir rouge, couleur de la colère, du sang et de l’identité amérindienne.
Chronique de Cécile A. Holdban : N. Scott Momaday, La Maison de l’aube, traduit de l’américain par Daniel Bismuth, Folio, 1996 et Le Chemin de la Montagne de Pluie, traduit de l’américain par Joëlle Rostkowski, Folio, 2020.
La Maison de l’aube est considéré comme l’œuvre fondatrice du Native American Renaissance, couronnée par le Prix Pulitzer, faisant de N. Scott Momaday le seul auteur amérindien à avoir reçu cette prestigieuse récompense. Il y exprime la nostalgie des nations amérindiennes et décrit l’histoire faite de souffrances, de deuils et de douleurs de son peuple et de l’échec de son intégration dans l’Amérique moderne. Avec Le Chemin de la Montagne de Pluie, l’auteur adopte une forme hybride, plus méditative, à mi-chemin entre mythes et mémoire. C’est un livre sur la transmission et un acte de sauvegarde. Par ce retour aux sources, Momaday accomplit un geste fondateur : il inscrit la voix amérindienne au cœur de la littérature universelle, prouvant qu’il est possible, à travers la poésie, de redonner souffle et dignité à un monde menacé de silence.
MUSIQUES :
Chant des Ancêtres
Jean-Philippe Rameau, « Les Sauvages » (Les Indes Galantes)
EXTRAITS SONORES :
Joë Hamman, le Français qui inventa le Western
Remembering Jaune Quick-to-See Smith
Dialogue entre Robert Redford et N. Scott Momaday sur la tradition orale
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DIFFUSION sur la FM :
Lundi - vendredi : 4h -12h et 17h - 21h
Samedi : 16h - minuit
Dimanche : 00h - 14h et 22h - 4h