AU FIL DES PAGES # 11 JUIN 2026 – CLAIRE PAULHAN ET ANDREA GUIDUCCI
Invités : Claire Paulhan et Andrea Guiducci pour les 30 ans des éditions Claire Paulhan.
Petite-fille de l’écrivain Jean Paulhan, Claire Paulhan a longtemps été chargée de mission à l’IMEC et critique littéraire au Monde, avant de fonder en 1996 les éditions Claire Paulhan, spécialisée dans les journaux intimes, les correspondances, les textes autobiographiques et les mémoires d’auteurs du xixe et du xxe siècle. Depuis deux ans, Andrea Guiducci, qui travaillait jusque-là chez Gallimard, l’a rejointe et est devenu plus qu’un collaborateur des éditions Claire Paulhan.
Fondées en 1996, il y a exactement trente ans, les éditions Claire Paulhan comptent environ quatre-vingts titres à leur catalogue. Parmi les auteurs figurant à son catalogue, on trouve Simone Weil, Joë Bousquet, Henri Thomas, Catherine Pozzi, Jean Paulhan, Georges Perros, Roger Martin du Gard, Valery Larbaud, Jacques Lemarchand, Maylis de Kerangal, Jean-Paul Kauffmann, Patrick Kéchichian, Pierre-Jean Jouve, Georges Hyvernaud, Hélène Hoppenot, Jean Grenier, Jean Guéhenno, Félix Fénéon, Jean Follain, Gaston Chaissac, Henri Michaux, Mireille Havet etc. Les livres des éditions Claire Paulhan se reconnaissent par la qualité de leurs couvertures cartonnées, de leur papier et de leur impression, par l’exigence et la rigueur de l’appareil critique, par leur éclectisme, et par leur audace. Ainsi ont-elles entrepris de publier, en trois volumes, l’imposante et remarquable biographie de Joë Bousquet par Paul Giro, et surtout, elles ont permis de découvrir l’œuvre de Mireille Havet, écrivaine des années folles, homosexuelle et droguée, dont le journal intime inédit intégralement publié par les éditions Claire Paulhan raconte « une vie de guet et d’attente, de songe et d’outrance, une vie aimantée par son “goût singulier” pour l’amour des femmes et les stupéfiants. »
Chronique de Cécile A. Holdban : Simone Weil et Joë Bousquet, Correspondance 1942 « Quel est donc ton tourment ? », édition établie, préfacée et annotée par Florence de Lussy et Michel Narcy, éditions Claire Paulhan (2019).
Il faut lire cette correspondance entre la philosophe et le poète cloué au lit comme une réflexion passionnée autour du sens du malheur. Elle est née d’une unique rencontre, dans la « chambre noire » de Bousquet à Carcassonne. Il ressent intuitivement, dès cette unique rencontre, l’« abandon mystique » de cette jeune femme, un abandon mystique qui le fascine et qu’il va révéler à l’intéressée elle-même. Car s’il est attiré par les mystiques, il ne les connaît que de façon indirecte, par les livres. Aussi brûle-t-il d’interroger la philosophe sur son expérience intérieure. De son côté, Simone Weil voit bien des convergences dans leurs destins respectifs, celui d’une aliénation par le partage de la condition ouvrière dans son cas à elle, et par l’infirmité et l’immobilité dans son cas à lui. Mais ils divergent sur l’« ailleurs » de la douleur. Chez Simone Weil, c’est Dieu et autrui ; chez Joë Bousquet, c’est le recours à la rêverie que la philosophe appelle à refuser, parce qu’elle est une fausse consolation qui éloigne de la réalité. La divergence de vues inconciliable n’empêche pas le dialogue ; mieux, elle le nourrit. C’est ainsi que dans le cas de Simone Weil et de Joë Bousquet, cette parole vivante aura mûri en l’espace d’une conversation d’une nuit et de sept lettres inépuisables.
MUSIQUES :
Igor Stravinsky, « Le Sacre du Printemps – La Danse des Jeunes Filles »
Darius Milhaud, « Suite Scaramouche 3e mouvement »
EXTRAITs SONORES :
Extrait des entretiens de Jean Paulhan avec Robert Mallet
Extrait de « Mireille Havet je serai abracadabrante jusqu’au bout » (mise en scène de Gabriel Garran, avec Margot Abascal)
Extrait de « Joë Bousquet ou le mouvement paradoxal », docu-fiction de Jean-Claude Morin (1977)
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DIFFUSION sur la FM :
Lundi - vendredi : 4h -12h et 17h - 21h
Samedi : 16h - minuit
Dimanche : 00h - 14h et 22h - 4h